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savans religieux, y est toujours nombreux et toujours écouté. Ces agitateurs se déclaraient à cette époque mécontens d’une augmentation d’impôts, et ils avaient entraîné la masse de la population à se révolter à la voix d’un vieux chérif, Abd-el-Malek, qui, bien qu’aveugle, déployait une grande énergie pour organiser l’émeute. Sur ces entrefaites, les tribus des environs, telles que les Guerouan, qui habitent le Djebel-Kafes au nord de Meknas, et peuvent ainsi couper une des routes vers le Nord, et les Beni-Methirs, — qui occupent les premiers contreforts du moyen Atlas au sud du plateau qui unit Meknas et Fez, — entrèrent en rébellion ouverte. Il fallait donc engager le combat de plusieurs côtés à la fois avant d’arriver à Fez.

Cette ville, ainsi que l’on sait, se divise en deux cités bien distinctes et qui, construites à des époques différentes, ont un caractère et une population absolument dissemblables. A Fez-Djedid ou Fez-la-Neuve, qui domine l’ancienne ville ou Fez-el-Bâli, se trouvent la masse imposante des palais impériaux, les demeures d’un grand nombre de fonctionnaires, et enfin les casernes. Moulaï-el-Hassan y était attendu pour les mêmes raisons qui lui avaient si promptement ouvert les portes de Meknas. Il n’en était pas de même à Fez-el-Bâli où se localisait le mouvement de sédition, qui prenait des proportions de plus en plus inquiétantes malgré l’extrême désavantage stratégique de l’antique cité, dominée de toutes parts et comme croupissant dans l’humidité de l’étroite vallée de l’Ouad-Fez, choisie comme emplacement par son vénéré fondateur Moula-Idris-Serir. Les habitans avaient déjà fermé les portes et organisé un commencement de résistance quand le makhzen arriva à Fez-Djedid et s’y installa. Les troupes impériales durent engager une série de combats meurtriers : les citadins se battaient dans leurs jardins et à l’abri des murs. Cette ; situation se prolongea jusqu’au moment où les filali ou gens originaires du Tafilet, berceau de la famille du sultan — et qui forment une assez forte partie de la population pauvre de la ville, où ils exercent différens petits métiers — ouvrirent par surprise une porte de l’enceinte aux soldats du régiment d’El Hadj-Mennou. La résistance cessa tout de suite, les impôts furent rétablis, et le makhzen prit en mains l’administration de la ville. On devait donc beaucoup à cet et Hadj-Mennou, homme de guerre énergique, qui avait hâté la reddition de la place ; mais comme, d’autre part, l’orgueil de ce personnage devenait intolérable, le sultan n’hésita pas à le faire bâtonner et conduire à la prison de Tétouan, où il ne tarda pas à mourir. Ce procédé d’un autre âge encore fort en honneur au Maroc, avait le double