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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/394

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contre lesquelles il se débat aujourd’hui, qu’il conquerra l’indépendance complète, et sera certain, avec de l’ordre et de l’économie, d’arriver à la propriété. Mais à quoi servirait le crédit agricole si l’enseignement mutuel des syndicats n’avait d’abord répandu les connaissances (pratiques nécessaires pour que le cultivateur tire un utile parti des ressources nouvelles mises à sa disposition ?

Les syndicats agricoles ont tenu jusqu’ici une conduite irréprochable au point de vue électoral, car ni l’administration avec ses manies tracassières, ni une certaine presse avec ses habitudes de délation ne leur ont encore cherché la moindre querelle. Sans vouloir les inviter à changer de ligne de conduite, on peut dire qu’ils contiennent en réserve une force défensive imposante contre les entreprises révolutionnaires s’il est fait appel au suffrage universel. Mais outre la puissance du nombre, ces institutions recèlent une force de résistance plus efficace dans les améliorations qu’elles ne cessent de faire naître autour d’elles et dans les lumières qu’elles répandent parmi les cultivateurs. Il y a entre elles et le socialisme un antagonisme qui est un préservatif pour la société. Nous n’avons parlé jusqu’ici que des syndicats de production, destinés à abaisser les frais et les prix de revient de l’agriculture ; mais il s’est formé déjà un assez grand nombre de syndicats de vente qui ont pour objet de faciliter aux cultivateurs l’écoulement de leurs produits et, aussi, des sociétés coopératives de consommation qui se proposent de réduire pour les associés le prix des denrées alimentaires ; on avait même songé à mettre les syndicats de vente et les coopératives agricoles en relation avec les coopératives des villes pour faire directement de celles-ci des cliens de l’agriculture. Le principal obstacle qu’on rencontre dans cette voie est la guerre acharnée que les meneurs socialistes de France et d’Allemagne font à toutes les sociétés coopératives. Les congrès socialistes de Marseille en 1879 et de Paris en 1892 ont formellement condamné la coopération parce que la faible amélioration qu’elle peut apporter dans le sort du travailleur peut distraire l’attention de celui-ci du but suprême qui est la destruction de la société actuelle. Si les souffrances du pauvre ont pour cause principale la cherté de la vie, n’est-il pas étrange que les hommes qui prétendent prendre en main la cause des déshérités de la fortune, se déclarent les adversaires d’une institution qui rend journellement aux ouvriers d’incontestables services ? Le socialisme ne réussira pas à tarir cette source féconde de bienfaits. Il échouera également dans la campagne qu’il entreprend contre les syndicats agricoles et dans ses tentatives pour séduire et entraîner les populations des campagnes. Qu’a-t-il à