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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/376

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meubles à l’usage de tous les jours. Il fit succéder Herculanum et Pompéi au style bâtard et Pompadour, et ses principes eurent une telle prise sur les esprits, que son école ne lui fut pas inférieure et produisit des élèves dont quelques-uns marchent ses égaux. Il règne encore à quelques égards, et, malgré de certaines transformations apparentes dans le goût de ce qui est l’école aujourd’hui, il est manifeste que tout dérive encore de lui et de ses principes. Mais quels étaient ces principes, et jusqu’à quel point s’y est-il confiné et y a-t-il été fidèle ?

Sans doute, l’antique a été la base, la pierre angulaire de son édifice : la simplicité, la majesté de l’antique, la sobriété de la composition, celle des draperies, portée plus loin encore que chez le Poussin ; mais dans l’imitation des parties, etc.

David a immobilisé en quelque sorte la sculpture ; car son influence a dominé ce bel art aussi bien que la peinture. Si David a eu sur la peinture une influence si complète, il a eu sur un art voisin, et qui n’était pas le sien, plus d’influence encore.

3 mars. — Par quelle singularité la littérature la plus grave se trouve-t-elle le lot du peuple qui a passé et passe encore pour le plus léger et le plus frivole de la terre ? Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les règles des choses de l’imagination dans tous les genres, ne présentent point d’exemples d’un sentiment aussi soutenu de l’ordre. Il y a un certain décousu dans les ouvrages des plus beaux génies de l’antiquité ; ils divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos respects, nous leur passons tous leurs écarts. Nous ne sommes pas d’aussi bonne composition pour nos hommes de talent. Un livre mal fait dans son ensemble ne peut se sauver par la beauté des détails, ni même par l’ingénieuse conception de l’ouvrage lui-même. Il faut que toutes les parties, ingénieuses ou non, concourent dans une certaine mesure à la connexion du tout, et d’autre part il faut, dans un ouvrage bien ordonné et logiquement conduit, que les détails n’en déparent point la conception. Quand une pièce de théâtre avait entraîné le public à la représentation, l’auteur n’avait rempli que la moitié de sa tâche ; il fallait que l’ouvrage, comme on disait, se soutînt à la lecture.

Il est probable que Shakspeare n’était guère soucieux de cette seconde partie de son obligation envers son public. Quand il avait produit à la représentation l’effet qu’il s’était promis, la galerie surtout était satisfaite, il est probable qu’il ne s’inquiétait plus de l’opinion des puristes ; d’abord, la grande majorité de ce public ne savait pas lire, et eût-il pu lire, en aurait-il eu le loisir, attendu qu’il se composait ou de jeunes fats de la cour, plus