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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/359

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exécution à ce talent naturel qui pourtant ne sait pas sortir des langes, qui sera toute sa vie semblable à l’oiseau qui traîne encore la coquille natale et qui rampe à terre tout barbouillé des mucus au milieu desquels il s’est forme.

Strasbourg, 20 septembre — Passé une partie de la journée à la Maison d’œuvre de la cathédrale, à dessiner. (Je regrette de n’écrire mes impressions qu’ici, à Dieppe, dix à douze jours après : j’ai été très frappé de ce que j’ai vu là. J’aurais voulu tout dessiner.)

Le premier jour, j’ai été attiré par les ouvrages du XVe siècle et du commencement de la renaissance des arts ; les statues un peu roides, un peu gothiques, de l’époque antérieure ne m’attiraient pas ; je les ai dessinées trois jours avec ardeur, au milieu des interruptions du froid et de l’incommodité du lieu par le défaut de lumière ou la difficulté de me placer. Je dessine sous la prétendue statue d’Erwin, car Erwin est partout ici, comme Rubens est à Anvers, comme César partout où il y a une enceinte en gazon ressemblant à un camp. La tête, les mains superbes, mais les draperies déjà chiffonnées et faites de pratique. De même pour la statue en face de l’homme en manteau fendu sur l’épaule qui met sa main sur les yeux, la tête levée en l’air. Plus naïves, les figures de l’homme en robe et en chaperon agenouillé, du vieux juge assis dans l’antichambre, et des figures des soldats malheureusement mutilés et couverts d’armures qui sont également dans l’antichambre, mais qui sont d’une époque antérieure.

Ce soir, après dîner, mais de jour, promenade dans le petit jardin avec la bonne cousine : elle appréhende, la pauvre femme, la solitude des dernières années.

30 septembre. — Retourné, malgré le dimanche, à la Maison d’œuvre. Nous avions été auparavant faire je ne sais quelle course avec la bonne cousine ; elle ne veut s’en aller qu’après m’avoir vu entrer. Je me jette sur les figures d’anges des treizième et quatorzième siècles : les vierges folles, les bas-reliefs d’une proportion encore sauvage, mais pleins de grâce ou de force.

J’ai été frappé de la force du sentiment : la science lui est presque toujours fatale ; l’adresse de la main seulement, une connaissance plus avancée de l’anatomie ou des proportions, livrent à l’instant l’artiste à une trop grande liberté ; il ne réfléchit plus aussi purement l’image, les moyens de rendre avec facilité ou en abrégé le séduisant et l’entraînant à la manière. Les écoles n’enseignent guère autre chose : quel maître peut communiquer son sentiment