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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/328

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la caste. Banya, marchand, est, comme brâhmane ou kshatriya, un terme où l’on ne peut que très improprement voir un nom de caste. Dans une même province il englobera nombre de sections qui, n’ayant le droit ni de s’unir entre elles ni de manger ensemble, forment les vraies castes. Les castes agricoles se comptent par dizaines dans un même district, et les kâyasthas ou scribes du Bengale, malgré un nom professionnel commun, sont divisés réellement en autant de castes distinguées par des noms géographiques ou patronymiques, qu’il existe parmi eux de groupes endogames à usages particuliers et à juridiction spéciale. Ainsi partout. Il se peut que, dans certains cas, un titre professionnel local embrasse un groupe réuni tout entier en une caste unique. Ce sera l’exception. Le lien de métier est extrêmement fragile ; sous l’action du moindre accident, l’unité se disloque. Là n’est pas le pivot de la caste.

Sortie de la spécialité des occupations, elle ne serait qu’une guilde comme les guildes du moyen âge ou celles du monde romain. Qui pourrait confondre les deux institutions ? L’une, limitée aux seuls artisans, enfermée dans des cadres réguliers, circonscrite dans son action aux fonctions économiques dont les nécessités ou l’intérêt l’ont créée ; l’autre, pénétrant tout l’état social, réglant les devoirs de tous, foisonnant, agissant partout et à tous les niveaux, gouvernant la vie privée jusque dans ses rouages les plus intimes ? Que les castes et les anciennes guildes se touchent par certains côtés, rien de plus simple : les unes et les autres sont des corporations. Personne ne nie que la communauté de profession ait contribué à rapprocher ou à limiter certaines castes d’ouvriers ou d’artisans. On voit parfois des individus attirés dans l’orbite d’une caste nouvelle, des sectionnemens nouveaux évoluer, sous l’empire de la profession. Combien d’autres facteurs ont exercé parallèlement une action analogue !

Il existe en certains pays slaves, en Russie et ailleurs — ou du moins il existait encore à une date toute récente — des communautés de village exclusivement vouées à une profession unique, villages de cordonniers et villages de forgerons ou de corroyeurs, communautés de menuisiers et de potiers, voire d’oiseleurs et de mendians. Or, ces villages ne sont pas des assemblages d’artisans qui se sont fondus en une communauté, mais des communautés qui exercent une même industrie. Ce n’est pas la profession qui aboutit au groupement, c’est le groupement qui aboutit à la communauté de profession, qui l’a suggérée. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans l’Inde ?

Faire sa place à la communauté de métier parmi les mobiles