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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/241

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demi-satisfactions et tantôt des bourrades aux uns et aux autres. Ce système, si c’en est un, commence à s’user : il faudra prendre parti. Ordinairement, les vacances parlementaires servent d’occasion à des discours où l’opinion cherche à reconnaître la pensée du gouvernement. Pour cette fois, on a écouté en vain. Nos ministres se sont agités beaucoup, jamais même ils ne s’étaient remués davantage, et nous aimons à croire que tout ce mouvement n’aura pas été inutile. M. le ministre de la marine a visité nos arsenaux maritimes, ce dont il faut le féliciter, car il y a relevé bien des pratiques défectueuses. M. le ministre des travaux publics est allé étudier en Angleterre le système des voies de communication à travers les grandes villes, et l’installation des docks de commerce dans les ports de mer : il en est revenu, a-t-il dit à un journaliste, émerveillé et jaloux, et sans doute il nous fera profiter de ce double sentiment. Mais, d’indications politiques, le gouvernement n’en a point donné. Tout au plus M. le ministre des finances, soit dans le conseil général de la Meuse où il a tenu incidemment un excellent langage, soit dans un concours agricole où il s’est développé et aussi surveillé davantage, a-t-il fait entendre quelques paroles dont un chroniqueur voudrait faire son profit. Mais, dans son conseil général, M. Poincaré s’est borné à définir et à défendre la loi contre les anarchistes, et dans le concours agricole de Stenay, il a si habilement mesuré ses déclarations, tantôt dans le sens des réformes démocratiques et humanitaires, tantôt dans le sens de la prudence extrême et des ménagemens à y apporter, qu’on ne sait plus très bien ce qu’il faut penser de ses projets. Il veut augmenter les droits sur les successions d’une manière différente en ligne directe et en ligne collatérale. Soit ! nous le voulons bien. Mais pourquoi ne dit-il pas d’une manière catégorique, lorsqu’il parle de « graduer » ces taxes, si la graduation sera progressive ou proportionnelle à l’héritage réellement recueilli ? Là est toute la question. Il semble que M. Poincaré attende, sur ce point et peut-être sur d’autres, les inspirations du Parlement : n’est-ce pas plutôt le gouvernement qui devrait en donner aux Chambres ? M. Antonin Dubost a, lui aussi, développé devant le conseil général de l’Isère la thèse que c’est au Parlement à penser et au gouvernement à exécuter. Le rôle de ce dernier se réduirait à faciliter l’accouchement des conceptions parlementaires. Tel n’est pas notre avis, assurément ; mais quel est celui de M. Poincaré ? « Un gouvernement républicain, dit-il, ne saurait évidemment songer à exercer vis-à-vis du Parlement une autorité abusive. » Sans doute, et le gouvernement ne serait pas républicain que cette vérité subsisterait tout entière ; mais ce n’est pas exercer une « autorité abusive » sur un parlement que de lui donner des directions, en lui laissant d’ailleurs toute liberté de les accepter après discussion, ou de les récuser. M. Poincaré affirme encore que « ce n’est pas pour un cabinet manquer de