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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/219

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bas-relief de-Dalou, les galets roulés dans ce perpétuel va-et-vient sont arrondis, tout pareils les uns aux autres. On est gêné par les bonnes relations établies, par les menues concessions qu’on s’est faites entre ennemis politiques, sur le terrain des intérêts personnels ou des intérêts régionaux. Et l’irritation même qu’on ressent de ces petites capitulations n’est pas étrangère aux violences collectives par où l’on se rachète à ses propres yeux, sauf à ne pas donner de sanction à ces emportemens d’attitudes.

Telles sont, si je ne me trompe, quelques-unes des causes qui expliquent la stérilité bruyante de la Chambre. Il en est d’essentielles à l’institution, et qui ont dû agir de même sur les assemblées précédentes. Si nous passons nos devanciers en impuissance et en folie, ce n’est peut-être pas que la matière parlementaire soit de qualité inférieure, comme on nous le dit obligeamment. Le laudator temporis acti existe au Palais-Bourbon comme partout ; et le député qui a entendu Berryer, Thiers, Gambetta, est proche parent du monsieur qui a vu Rachel, de ce monsieur qui détourne la jeunesse d’aller applaudir des artistes dégénérés. La médecine anglaise, — on peut bien l’appeler ainsi, comme on a dit si longtemps le mal français, — est aujourd’hui éventée, falsifiée, et souvent nocive, cela paraît incontestable. C’est sans doute que des causes nouvelles en ont aggravé les inconvéniens dans la Chambre de 1893.

Les formules politiques et sociales dont vivaient les partis français subissent une crise, on est généralement d’accord sur ce fait d’observation. La vieille poussière qui s’élevait des banquettes parlementaires sous la baguette des tapissiers est en train de s’évanouir. Un grand doute s’est insinué dans les esprits sur nombre de dogmes et d’affirmations qui formaient le fond du langage politique. L’autorité de la tradition, le respect humain, la peur de se compromettre, font que l’on répète encore ces lieux communs du bout des lèvres : on n’y croit plus qu’à demi dans le secret des cœurs, si tant est que l’on y croie encore. Beaucoup de députés pratiquent machinalement les rites d’une foi qu’ils ont perdue. Ce désaccord entre les consciences, les paroles et les actes contribue à fausser tous nos débats, à exagérer la part faite aux conventions. La vénérable usine parlementaire, avec ses procédés surannés, travaille plus péniblement des matières nouvelles, mal dégagées, et que les ouvriers craignent encore de manier. D’où la diminution du travail utile et le grincement croissant des rouages.

Cette évolution d’idées est sensible chez beaucoup d’anciens ; elle l’est bien davantage chez les nouveaux. Nous sommes dans la Chambre environ deux cents conscrits ; on les accuse volontiers