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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/214

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routiers disent avec condescendance : « Là, c’est la pièce ; — quelques-uns prononcent même « la parade », — ici c’est la réalité des choses. »

Oui, les exigences du théâtre : il faut toujours en revenir à cette explication. Elle réduit à leur juste valeur les tragédies que l’on serait tenté de prendre trop au sérieux. Ainsi, s’il m’est permis de citer un exemple personnel, j’avais eu quelques désagrémens avec une partie de l’assemblée, et ma naïveté n’arrivait pas à comprendre comment mes adversaires d’occasion pouvaient, sur la foi d’un rapport intéressé, témoigner tant de mésestime à un homme qu’ils ne connaissaient pas. L’affaire réglée, je vis que la plupart d’entre eux s’étonnaient de mon étonnement. Devant leur courtoisie et leur bonne humeur, j’appréciai mieux l’erreur de mesure où j’étais tombé. Mon émotion était aussi ridicule que le serait celle du traître, dans un drame de M. d’Ennery, si, en rentrant dans les coulisses de l’Ambigu, il conservait quelque ressentiment contre les camarades qui l’ont vitupéré en scène, s’il leur en voulait d’avoir joué consciencieusement les rôles pour lesquels ils étaient engagés.

Sommes-nous donc, plus que les autres mortels, coupables de palinodie ? Je ne le crois pas ; et si quelqu’un cherchait une satire contre le Parlement dans ces impressions qui veulent être une photographie sincère, celui-là se méprendrait sur ma pensée. Pour rehausser le prestige un peu pâli de la représentation nationale, je voudrais interdire à nos électeurs l’accès de la salle des séances et leur faciliter la fréquentation des couloirs. Ils y surprendraient sans doute quelques intrigues peu relevées, quelques compromis louches, une substitution trop constante des questions de personnes aux questions de principe ; mais ils y verraient aussi combien sont injustes les déclamations d’usage sur le niveau intellectuel des « sous-vétérinaires ». A force d’avoir lu et entendu dire que les députés sont un ramassis d’incapacités, — on écrit plus volontiers aujourd’hui : de gâteux, d’ignares et de coquins, — j’étais arrivé à la Chambre avec certaines préventions. Je ne réponds pas qu’elles fussent tombées si je n’avais assisté qu’aux séances publiques : j’en ai reconnu le peu de fondement dans ces couloirs tant décriés. On a vite fait d’y constater chez les représentans de toute nuance, depuis l’extrême droite jusqu’aux socialistes, une somme de valeurs personnelles dont l’équivalent se rencontrerait difficilement, sans doute, dans cette presse où l’on trousse si galamment des articles contre les pauvres députés. C’est une erreur bien française, entretenue par notre éducation classique et romantique à la fois, de croire qu’une assemblée est médiocre parce que les gens de