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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/211

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personnes qu’elles possèdent toutes un savoir encyclopédique. Une participation plus générale et plus active aux lois d’affaires n’est pas souhaitable. Ces lois risqueraient de n’aboutir jamais, si les gens incompétens y intervenaient sous l’impression rapide d’un argument. Elles sont débattues par des spécialistes au courant de la matière ; les autres rendent ensuite un vote de confiance, dicté par les affinités de chacun pour une doctrine ou pour l’avocat de cette doctrine. Je ne saurais voir là rien de choquant.

La salle se vide : suivons les députés dans les couloirs, qui regorgent de monde. Les couloirs, assez improprement nommés, sont en réalité trois grands vestibules qui communiquent et prennent jour par de larges baies sur la cour intérieure. Quelques banquettes meublent seules la nudité sévère de ces antichambres. Dans la nef centrale, plus vaste et plus fréquentée que les deux annexes latérales, les promeneurs déambulent par petits groupes, sous l’œil du Mirabeau de Dalou, qui dit son fait à M. de Brézé. Ce long manège vide, où les mêmes hommes arpentent perpétuellement les mêmes dalles, fait penser d’abord au promenoir d’une prison. Une bonne géographie parlementaire doit rattacher aux couloirs le salon des Conférences et la buvette. Le salon des Conférences se développe à gauche et en retour sur la salle des séances. Cette pièce, présidée par une statue d’Henri IV émergeant d’un faisceau de drapeaux espagnols, est plus ornée que les précédentes. On la croirait réservée au travail, à voir l’immense table en fer à cheval, chargée de papier et d’écritoires, où les députés font leur correspondance ; et l’autre table, encombrée de journaux, où ils vont consulter la presse, comme une femme consulte son miroir. Cependant la promenade et les conversations de groupes continuent dans ce salon, qui sert de passage pour gagner la buvette. Une chambre carrée, où les Conscrits de Dagnan-Bouveret font face à un comptoir assez semblable à celui des estaminets, tel est le local fameux qui éveille des idées orgiaques chez beaucoup de nos électeurs. Il donne sur le jardinet, défendu contre les colères du peuple par les artichauts de fer que nous devons à feu Madier de Montjau.

Les couloirs sont le vrai centre de la vie parlementaire, d’une vie familière et péripatéticienne où tout diffère de la vie officielle, où le député ne garde presque rien de l’âme conventionnelle qu’il reprend quand il rentre en séance, sous les regards du public des galeries. C’est, nul ne l’ignore, la coulisse où se fait la politique pratique,.le reviendrai tout à l’heure sur cette métamorphose ; disons d’abord quelques mots de deux autres provinces importantes. L’une renferme le dédale de pièces qui occupe toute l’aile droite ; du Palais, jusqu’à la rue de l’Université : là se réunissent les