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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/181

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dernier krach du métal blanc amènerait peut-être sa démonétisation irrévocable et rallierait le monde à l’étalon d’or unique. Les silveristes des Etats-Unis peuvent être les syndics de la faillite ou de la réhabilitation de l’argent ; à eux de choisir.

L’occasion semble propice pour relever le crédit du métal blanc dans le monde. On pense maintenant plus que jamais à simplifier les transactions internationales au moyen de l’uniformité monétaire. Nous ne touchons pas encore au moment de voir l’idée se réaliser. Mais la popularité légitime qui s’attache à la création d’un instrument universel d’échange, rejaillirait sur l’argent, s’il contribuait à préparer cette solution de l’avenir.

Pour commencer l’entreprise, avant même de supprimer chez eux le rapport légal entre les deux métaux, et sans rien changer à leur présent système monétaire, pourquoi les Américains ne frapperaient-ils pas une monnaie blanche nouvelle, dont le poids fixerait seul la valeur ? C’est là le point principal, comme M. Raphaël-Georges Lévy l’observe fort bien, et la condition essentielle d’une comparaison facile entre les monnaies des divers pays.

Le nouveau disque d’argent, d’un type unique, conserverait naturellement la dénomination de dollar en l’honneur des Etats-Unis, auxquels appartiendrait le mérite de l’innovation. Pour éviter d’être confondu avec le dollar actuel, il prendrait le qualificatif important de sterling, par politesse envers l’Angleterre et ses colonies indiennes qui pourraient offrir un débouché. Le poids serait évalué en grammes, par courtoisie pour la France, dont le système métrique et décimal est le plus scientifique et le plus pratique de tous, croyons-nous. La face de la pièce porterait comme effigie la poignée de main universelle avec l’inscription universal sterling dollar et le poids gravé très lisiblement. On réserverait le revers pour y inscrire les dénominations et les effigies particulières aux différentes contrées, qui se verraient bien obligées, un jour ou l’autre, d’imiter l’exemple de l’Amérique et d’adopter son système.

En effet, c’est au commerce extérieur avec les Indes, le Japon, la Chine, sans compter l’Afrique et l’Amérique du Sud, que serait spécialement destiné le dollar universel, comparable aux barres d’argent usitées dans l’extrême Orient aujourd’hui. Et, sur le marché global, la valeur du numéraire n’a pour facteur que le poids.

Bientôt peut-être cette nouvelle monnaie, honnête et franche, chasserait de la circulation internationale les pièces à moitié valeur du demi-monde monétaire où, selon le langage pittoresque