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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/173

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l’émetteur de monnaies d’argent, sollicité par les gros avantages de la conversion en or, lancera dans la circulation une quantité toujours croissante de pièces blanches, sans être retenu par la crainte d’en déprécier la valeur ; car l’importance de ses bénéfices est proportionnelle à cette dépréciation même.

Dans tout système où, concurremment avec la frappe libre, subsistera le rapport forcé des deux monnaies, la baisse progressive de la moins bonne et le soutirage constant de la meilleure semblent devoir être logiquement des conséquences inséparables.

Seule, l’abolition du rapport conventionnel remettrait chaque chose à sa place. L’or ne risquerait plus de succomber sous les assauts répétés du change au pair nominal. Et l’argent, dont il faudrait bien désormais que les producteurs soutinssent eux-mêmes le cours par la limitation volontaire de la frappe, retrouverait peut-être une plus-value réelle quand la loi cesserait de lui en attribuer une fictive.


IV

La querelle monétaire, qui trouble les Etats-Unis depuis de longues années déjà, montre assez les difficultés inextricables et les dangers du bimétallisme solidaire, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Mais naturellement, dans les pays argentifères, comme l’Amérique, la question d’intérêt général se complique, plus que partout ailleurs, de puissans intérêts particuliers, qui sont directement mis en cause. Pour les défendre, un véritable parti politique s’est constitué, où démocrates et républicains fraternisent sous la bannière de l’argent.

Le groupe principal comprend les silvermen proprement dits, les hommes du métal blanc. En tête, les possesseurs et les actionnaires des mines, ainsi que les gros capitalistes et spéculateurs qui détiennent d’importantes parts ou des monopoles de premier ordre dans les diverses exploitations minières non seulement des Etats-Unis mêmes, mais encore du Mexique, de la Bolivie, du Chili, et autres contrées du nouveau monde. Le jeu est mené, suivant la coutume américaine, par une troupe bien stylée de politiciens électoraux et parlementaires, dont l’habile entregent et le jovial entrain excellent à jeter de la poudre aux yeux. Ici la poudre est d’argent, et l’on prêche des convertis. Faut-il beaucoup d’efforts pour séduire les fermiers de l’Ouest, grands emprunteurs devant l’Eternel, et en conséquence partisans fanatiques d’un système offrant le précieux avantage de rembourser en argent au pair nominal les sommes reçues en or à pleine valeur,