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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/149

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respectif. On comprend quel intérêt s’attacherait pour nous à ces jugemens portés sur ses confrères par un maître tel que Velazquez, si nous devions y trouver la trace de ses préférences et de ses propres idées sur son art. Aussi l’émotion produite parmi ses admirateurs fut-elle grande à la nouvelle que cet écrit, déjà mentionné par Palomino en 1724, avait été retrouvé en 1871 à Cadix par M. Adolfo de Castro, dans un exemplaire unique, publié l’année suivante dans les Mémoires de l’Académie Espagnole (août 1872) et traduit deux ans après par M. le baron Ch. Davillier. Mais M. Justi, à raison de certaines contradictions qu’il relève dans les jugemens et de plusieurs particularités relatives au texte même d’une brochure qui aurait disparu pendant deux cents ans, bien que le talent et la situation de son auteur dussent forcément attirer sur elle l’attention, a cru devoir mettre en doute son authenticité. Fût-elle prouvée, pas plus que lui nous ne pensons qu’il faille y attacher grande importance. Ce n’est pas, en tout cas, une confession esthétique qu’il conviendrait d’y chercher, l’uniformité des éloges étant ici de règle, puisqu’il s’agissait avant tout dans cet écrit de proclamer bien haut la valeur du cadeau fait par Philippe IV à l’Escorial. Sauf quelques passages, — comme celui qui concerne le Lavement des pieds de Tintoret, « à côté duquel tout autre ouvrage ne semble que peinture, tandis que celui-là seul est vérité, » — on ne rencontre guère dans ce panégyrique de commande la marque de l’homme de métier, pas plus que le sens personnel d’un artiste qui, s’il avait parlé avec sa franchise habituelle, aurait certainement mis plus de lui-même dans la libre expression de ses sentimens.

De plus en plus, sa bonne grâce et son intelligence avaient fait de Velazquez un homme nécessaire. Mais les dérangemens continuels auxquels l’exposaient les obligations de sa charge et les caprices du roi ne lui permettaient plus qu’un travail intermittent, consacré le plus souvent à l’exécution des nombreux portraits que Philippe IV ne cessait de lui demander. Outre ceux du roi et de la reine, que nous avons déjà mentionnés comme faits à cette époque, plusieurs des portraits de leurs enfans méritent aussi d’être signalés. Citons d’abord ceux de l’infante Marie-Thérèse. Née en 1638, à peine de trois ans plus jeune que la nouvelle reine, elle montrait en elle quelque chose de la grâce de sa mère, Isabelle de Bourbon. Vive et ardente, elle n’avait pas attendu que la politique s’occupât d’elle pour manifester les sentimens que lui inspirait son cousin Louis XIV. Elle n’était encore qu’une enfant lorsque, en dépit des contraintes d’une cour très guindée, elle exprimait naïvement son désir d’accompagner le portrait qu’on envoyait d’elle en France, et bientôt après, quand les projets de mariage concertés entre les deux