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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/139

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attachement toujours plus grand pour son peintre. Velazquez revenait d’ailleurs entouré d’une renommée éclatante, honoré de la faveur du pape et des grands personnages avec lesquels il avait frayé. Cavalier accompli, il était en même temps plein d’amabilité et de réserve, et ses contemporains s’accordent à le représenter comme un des hommes les plus distingués de la cour à cette époque. Il était prêt et désigné pour les grands emplois. Entre tous, celui de gentilhomme de la Chambre était alors le plus recherché, parce qu’il donnait le droit d’approcher de plus près la personne du roi. Au moment où dans la pleine maturité de l’âge, possédant à fond toutes les ressources de son art, Velazquez aurait pu beaucoup produire, il brigua la charge de maréchal du palais. Plus d’une fois déjà, dans les travaux de décoration pour lesquels sa supériorité était pourtant incontestable, il avait rencontré bien des ennuis, des jalousies, des compétitions de courtisans ou de rivaux qui voulaient l’évincer. La dignité qu’il sollicitait devait lui assurer une situation hiérarchiquement mieux définie et plus indépendante. Un an après son retour d’Italie, elle était devenue vacante, et, encouragé par le roi, le peintre s’était mis sur les rangs. Les candidats étaient nombreux et d’après l’ordre des présentations faites par les six membres de la commission sous la présidence du majordome en chef, il n’avait que peu de chances d’être nommé. Un des membres ne l’avait même pas porté sur sa liste, et sur aucune des cinq autres il ne figurait en première ligne. Mais Philippe IV, avec sa concision habituelle, écrivit en marge du rapport qui lui était adressé à cet égard ces simples mots : « Je nomme Velazquez. »

Les appointemens de maréchal du palais s’élevaient à 3 000 ducats avec un logement dans la trésorerie. Il est vrai que les attributions attachées à ce poste étaient aussi nombreuses que délicates. Le titulaire avait pour mission spéciale la surveillance et la décoration du palais ainsi que l’organisation des voyages royaux. Tête nue, en manteau de cour, il doit se tenir à la disposition du roi, veiller à l’entretien, à la propreté des appartemens. Les clefs qu’il porte à la ceinture ouvrent les diverses portes du palais ; il assigne aux dames de service leur quartier, et dans les repas officiels, quand le roi se met à table, il lui présente sa chaise. Il organise les fêtes, les mascarades, les représentations théâtrales, les tournois et les bals ; il en arrête le programme avec le roi et répartit entre les ayans droit les places des spectateurs. En voyage, il pourvoit au logement des souverains et des personnes de leur suite ; il s’arrange avec les propriétaires des maisons où ils doivent habiter et fait poser un drapeau sur le logis réservé au roi.