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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/135

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— Pourrais-je être de ces privilégiés ?

— Tout dépend de l’état de votre âme. Je vais commencer une série de leçons ces jours-ci : veuillez y assister.

— Ainsi vous conseillez d’abord à ceux qui souffrent de se persuader que cette souffrance n’existe pas, et vous les pénétrez de ce qui est votre conviction jusqu’à ce que le soulagement s’ensuive ? Vous les magnétisez…

— Il n’y a pas de magnétisme là dedans, ou bien c’est un magnétisme involontaire, celui que chacun de nous exerce sur ses frères et qui représente le pouvoir croissant de recevoir et de rendre la vie. Nous n’employons ni l’hypnotisme ni la suggestion. Nous traitons le corps par l’âme.

— La religion ordonne de se résigner aux épreuves ; c’est le moyen de souffrir moins, je vous l’accorde, en s’épargnant les angoisses de l’impatience et de la révolte. Il me semble que la religion suffit, mais je crois que j’ajouterais à la force qu’elle donne une opération chirurgicale si par malheur j’en avais besoin.

Cette doctoresse d’un nouveau genre sourit avec une indulgente pitié pour mon aveuglement :

— Nous ne pouvons discuter avant que vous ayez suivi mon cours et que vous ne vous soyez prêtée à un petit examen…

— De conscience ? Vous ausculterez mon âme ?

— D’une façon sommaire et avec discrétion, uniquement afin de savoir si vous êtes dans les dispositions nécessaires pour guérir et afin de vous aider à y atteindre.

Elle a un air d’honnêteté profonde, des yeux de médium, vagues et bistrés, le teint maladif, quoiqu’elle prétende être parfaitement bien portante depuis qu’elle a trouvé la vérité.

Je dépose sur sa cheminée le prix de la consultation, et je me retire, en pensant à une amie qui, convertie à ce genre de cure spirituelle, a laissé grandir en elle une maladie intérieure dont elle serait morte sans des secours terrestres tardivement réclamés.

— C’est que sa foi était faible I diront quelques-uns.

D’autres se borneront à sourire, d’un sourire obstiné, comme cette belle jeune femme qui, peu de jours après la naissance de son enfant, me reconduisait, la tête découverte, le cou nu, sur le perron de sa demeure, et se tenait là par une glaciale journée de mars, en défiant les refroidissemens.

Ces exemples aideront à découvrir ce qui est à Boston le revers de la médaille, une médaille si intéressante d’ailleurs, frappée de tant d’énergies et de délicatesses à la fois. L’engouement y règne, c’est chose proverbiale : toute l’Amérique vous parlera des fads bostoniens. J’en ai constaté deux ou trois pendant