Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/134

Cette page n’a pas encore été corrigée


adeptes, nous présente comme l'expression moderne de la plus ancienne philosophie, la Science chrétienne, si critiquée qu'elle soit par quelques-uns, est en train de faire concurrence à la médecine dans certains cercles de New- York et de Boston. Elle est surtout en faveur à Boston, si fortement imbu de Transcendantalisme et qui se souvient toujours de l'enseignement d'Emerson : « Attelez votre charrette à une étoile. » C'est à Boston aussi que le grand prédicateur, l'évêque vénéré, Phillips Brooks, a prononcé ces belles paroles : « Il n'y a qu'une vie, la vie éternelle. » Tout ceci est parfaitement d'accord avec la science nouvelle ou renouvelée : il n'y a pas un principe pour les choses spirituelles et un autre pour les choses naturelles ; le même principe agit à travers le monde ; la matière est animée de vie divine comme l'esprit lui-même ; produits de la pensée créatrice, nous partageons sa vitalité sans bornes ; notre santé, tant morale que physique, dépend de ce courant établi. La guérison des maux physiques est secondaire ; la santé du corps s'ensuivra quand nous aurons l'âme saine. Salomon ne croyait pas non plus que Dieu eût fait la mort, entrée en ce monde par l'envie du diable et menaçante seulement pour qui se tient avec lui.

Je vais trouver une des dispensatrices de la science chrétienne dans son cabinet :

— Est-il vrai, madame, qu'à Boston et ailleurs plus d'une jeune femme se passe des secours du médecin dans la crise de la maternité, sous prétexte que nous devons vivre comme les lis des champs ?

— C'est un fait. Les femmes qui se dirigent d'après les préceptes de la science chrétienne oublient en cette circonstance, comme dans toutes les autres, qu'elles ont un corps. Elles se dispensent des précautions d'usage : on est étonné de les voir se lever, sortir, faire ce que le vulgaire appelle des imprudences et ne pas s'en porter plus mal.

— Mais enfin une jambe cassée demande à être remise. Que dois- je faire si je me casse la jambe ?

— Vous devez vous dire qu'elle n'est pas cassée, que le mal est illusion, et votre jambe guérira. Un accident brutal est beaucoup moins difficile à guérir que ces maux chroniques qui sont une mauvaise habitude de l'esprit. Je me suis blessée au bras dernièrement. J'ai continué d'agir en refusant de croire à mon mal et en me disant que tout était bien avec l'aide de Dieu. Deux jours après il n'y paraissait plus. Il y a des années que j'ai reconquis ainsi ma santé perdue au dire des médecins. Je l'ai reconquise pour mon enfant, pour beaucoup d'autres…