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Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/115

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Scott qui, à sa prière, posa pour cette œuvre admirable, dont l’Angleterre ne possède qu’une copie en miniature.

J’ai avec miss Anna Ticknor des conversations instructives. On n’est pas impunément l’héritière d’une race de lettrés, la fille de ce professeur Ticknor qui, possesseur d’une belle collection de livres, pratiqua, en les prêtant à tous, le genre de charité le plus rare chez un bibliophile. Elle me procure donc force détails sur un sujet intéressant, celui des bibliothèques publiques libres. Il y a 352 villes dans l’Etat de Massachusetts et 300 ont une bibliothèque libre, c’est-à-dire permettant la circulation des livres qu’elle renferme parmi les habitans de la localité (on compte bien près de 200 bibliothécaires femmes et beaucoup d’assistantes en plus). Presque tous ces établissemens ont été créés par un effort individuel, quoique maintenant le gouvernement accorde une allocation aux petites villes retardataires. Les dons des particuliers en argent, sans parler des livres, dépassent cinq millions de dollars. Et les bibliothèques libres ne contribuent pas seulement à répandre une instruction générale, elles rassemblent d’année en année tous les documens relatifs à la ville : généalogies, annales de famille, publications quelconques concernant le développement social, politique, économique ou moral de la population.

Il va sans dire que la grande bibliothèque de Boston est le couronnement du système et un exemple pour les Etats-Unis tout entiers. Détail curieux, elle s’est groupée autour des livres envoyés de Paris en 1840 et offerts par un Français, M. Vattemare. Une impulsion décisive lui fut donnée par George Ticknor ; c’est aujourd’hui la plus importante bibliothèque libre qui existe au monde ; elle a près de deux millions de volumes en circulation et va être transférée très prochainement dans le monument digne d’elle qui s’achève sur la place principale de Boston, Copley Square, à côté du Musée des Beaux-Arts et en face de l’église de la Trinité, ce chef-d’œuvre de Richardson, décoré de superbes vitraux par La Farge, Burne Jones, et William Morris.


V. — MRS J.-T. FIELDS. — SALONS ET INTÉRIEURS.

Après ce que j’ai dit des ressources de la société bostonienne, augmentées par le puissant renfort universitaire de Cambridge, on aura conclu avec raison que les salons devaient être intéressans dans cette ville aux vieilles traditions européennes. Je voudrais essayer de peindre celui qui se rapproche le plus, par beaucoup