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de redevances comme les nôtres. — Notre culture ne prospère qu’avec l’aide des engrais ; ils se partagent naturellement en deux groupes : les uns proviennent des animaux et des végétaux, ce sont les engrais organiques ; les autres, extraits de gisemens disséminés à la surface du globe, portent le nom d’engrais minéraux ; nous les examinerons successivement.


II

Les litières salies par les déjections des animaux domestiques, le fumier de ferme est employé comme engrais depuis un temps immémorial. Il est précieux parce qu’il renferme toutes les matières nécessaires à l’alimentation végétale ; on y trouve, en effet, de l’azote combiné : 5 millièmes environ, dont une partie sous la forme assimilable d’ammoniaque ; le reste, engagé en combinaison avec le carbone, l’hydrogène et l’oxygène, fait partie des matières ulmiques ; on trouve encore dans le fumier de l’acide phosphorique, de la chaux et de la potasse ; on conçoit donc qu’à lui seul il puisse maintenir la fertilité et conduire aux récoltes moyennes dont pendant bien des années on s’est contenté.

Si le fumier est employé depuis un temps immémorial, il n’y a que peu d’années que nous savons comment sa fabrication doit être conduite pour que le produit acquière toute sa valeur. Dans les fermes bien tenues, tout le fumier produit est accumulé sur un emplacement spécial désigné, suivant sa disposition, sous les noms de plate-forme ou de fosse. La plate-forme est en terre battue, imperméable ; elle présente une légère convexité, de façon que les liquides qui découlent de la masse arrivent à un ruisseau pavé qui entoure la plate-forme. L’inclinaison de ce ruisseau est calculée pour conduire les liquides noirs, le purin, jusqu’à un trou maçonné dans lequel plonge l’extrémité d’une pompe destinée à remonter le purin jusqu’à la surface du tas, qui doit être régulièrement arrosé. La plate-forme, très répandue aux environs de Paris, est remplacée dans le Nord par la fosse. On la construit en creusant le sol de la cour de façon à former deux plans légèrement inclinés ; à leur rencontre, au point le plus bas, est placée la grille qui permet l’écoulement du purin dans le trou maçonné, où il est puisé par une pompe. Dans cette disposition le fumier est étalé sur une grande surface, et il ne serait pas suffisamment tassé si on n’y maintenait constamment les jeunes bœufs d’élevage. Accès facile aux brouettes amenant des étables ou des écuries les litières salies, aux charrettes qui viennent charger le fumier au moment où il doit être conduit aux champs ; possibilité d’arroser la masse à l’aide du purin entièrement recueilli,