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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/960

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l’Allemagne, il soit assez lestement traité en fait par le principal intéressé, le gouvernement hova, c’est ce que nous avons eu plusieurs fois l’occasion de constater. Il ne tiendrait qu’à nous, le jour où notre longanimité serait épuisée, de transformer cette suprématie platonique en une occupation effective ; telle n’est pas cependant la pensée du Cabinet actuel. On aurait tôt fait de dégoûter le pays de la politique coloniale si on le lançait, à nouveau, dans un trop grand nombre d’entreprises simultanées et d’une nécessité insuffisamment justifiée. Au contraire, il est bon que l’entourage de la reine Ranavalo-Manjaka sache que nous ne poursuivons que le maintien strict et loyal des droits que nous tenons du traité de 1885. Les Malgaches n’étant tenus vis-à-vis de nous qu’à des obligations peu onéreuses, nous sommes fondés à exiger l’accomplissement de ce qu’ils nous doivent, lors même que l’on admettrait, avec un ancien ministre de Grèce, M. Carapanos, cette maxime « qu’un État ne doit que ce qu’il peut payer ».

Ce principe, que les particuliers ne sont pas heureusement admis à mettre en pratique, la Grèce elle-même est à la veille de l’appliquer à sa dette publique, dont les intérêts se trouveront bientôt sans doute réduits de plus de moitié. La faillite, dont on parle ouvertement à Athènes, n’y était plus qu’une question de temps, depuis que le gouvernement hellène ne parvenait à payer qu’au moyen d’emprunts nouveaux la rente due pour les emprunts antérieurs. Dans ce dessein, au mois de juin dernier, le cabinet Sotiropoulo faisait encore une émission de 100 millions, que la Chambre ne ratifiera pas d’ailleurs, et qui vraisemblablement aura été la dernière tentative en ce genre, puisque le défaut de paiement des arrérages, en empêchant désormais la Grèce, comme jadis la Turquie et plus récemment le Portugal, de trouver des prêteurs, lui ôtera la faculté de s’obérer davantage.

Mais tandis que la Turquie, sous un prince énergique, se relève, il n’en est pas de même de la Grèce. Au point de vue agricole, la différence entre les deux pays est frappante et semble à l’avantage des possessions du sultan. Le voyageur qui passe de Grèce en Turquie, et qui s’attend, sur la foi des préjugés classiques ou du souvenir des Orientales, à trouver la barbarie succédant à la civilisation, éprouve une impression toute contraire, principalement dans la Thessalie, désolée aujourd’hui par le brigandage, et dont l’état matériel serait plutôt inférieur à ce qu’il était sous le joug ottoman. Cela tendrait à prouver à ceux qui en douteraient encore que la liberté et le régime parlementaire ne suffisent pas à eux seuls à faire pousser les grains.

Durant l’année qui vient de s’écouler, la crise financière s’est compliquée en Grèce d’un redoublement de la crise industrielle et d’un avilissement excessif du prix de marchandises, telles que le raisin, qui entraient pour une grande part dans le commerce d’exportation du pays. Les recettes de l’État ont donné de forts mécomptes par rapport