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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/959

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et tendait à agrandir sans cesse l’immense région, — son étendue égale celle de la France, — que nous avons placée là sous notre domination. Espérons que l’administration civile s’appliquera à mettre le Soudan en valeur, car les Européens, jusqu’à présent, ne se sont guère dirigés de ce côté : on ne comptait pas, l’an dernier, plus d’une vingtaine de colons entre Kayes et le Niger !

L’ère de la conquête aussi sera bientôt close au Dahomey, où la campagne, reprise depuis deux mois par le général Dodds, est sur le point de donner des résultats définitifs. Déjà les principaux chefs dahoméens se sont soumis sans conditions et ont livré la plus grande partie des armes dont disposait le roi Behanzin. Celui-ci, qui avait tenté de nous amuser, il y a quelques semaines, par l’envoi d’une « ambassade » à laquelle le Président de la République et les ministres se sont abstenus, avec raison, de donner audience, est aujourd’hui traqué par les quatre colonnes, fortes de 1800 combattans, qui sont parties d’Agony et convergent vers Atcheribé, à cinquante kilomètres au nord d’Abomey. Quelque soit le sort réservé à l’ancien roi du Dahomey, — suicide, fuite, capture par nos troupes ou soumission volontaire, — on peut désormais considérer Behanzin comme une quantité négligeable, dans ce pays où nous avons établi notre protectorat, et où le peuple dahoméen, qui n’a jamais eu d’homogénéité ethnographique, ne pourra plus se reconstituer en État politique.

Il n’en est pas moins vrai que le souci de l’honneur national, la nécessité de ne pas faire un aveu manifeste d’impuissance, nous ont entraînés depuis dix-huit mois, dans le golfe de Bénin, à des dépenses en hommes et en argent qui ne sont d’aucun profit positif pour la France. Il serait absurde d’aller, de gaîté de cœur, recommencer sur quelque autre point de l’Afrique, et par exemple à Madagascar, comme le souhaiteraient un certain nombre de députés, une expédition du même genre, qui serait celle-là, quoi qu’ils en disent, beaucoup plus longue et beaucoup plus chère.

Et si nous n’avons pas l’intention de faire, quant à présent, l’expédition militaire dont il s’agit contre le gouvernement malgache, il ne paraît pas bien nécessaire d’agiter perpétuellement l’opinion publique, en France, par des projets d’annexion de cette île, sur laquelle les traités nous assurent un protectorat incontesté. Lors d’une conspiration découverte cet été, et qu’avait ourdie contre le premier ministre Rainilaïarivony, son fils Rajoelina, assisté d’un sieur Kingdon, sujet anglais, qui fait profession d’hostilité ouverte contre la France, c’est à l’intervention officielle de notre résident général à Tananarive que le vice-consul d’Angleterre s’est adressé pour obtenir l’élargissement de son compatriote.

Que notre protectorat soit purement diplomatique ; que, reconnu formellement en droit par les États européens, comme l’Angleterre et