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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/954

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déclaré le lendemain que le chef du gouvernement était un homme poli et qui savait vivre, parce qu’il leur a concédé une ou deux périodes semi-gracieuses ; mais croit-il par là les amadouer ?

Tout ce qu’il doit espérer de l’opposition c’est qu’elle ne le diffame pas, qu’elle ne l’accuse pas d’avoir assassiné quelque notaire ; pour le reste, les nouveaux ministres n’avaient pas encore pris possession de leurs portefeuilles que déjà le parti radical proclamait ces hommes qui ont voté les lois militaire et scolaire convaincus de cléricalisme, de réaction.

Il est bien vrai, et l’on doit le reconnaître, que dans les scrutins les plus significatifs la majorité ministérielle, tout d’abord chiffrée à trois cents voix, paraît avoir éprouvé quelque déchet : la proposition d’amnistie n’a été repoussée que par 257 voix contre 226, et M. Dupuy n’a été, le lendemain, nommé président de la Chambre que par 251 voix contre 213. Les amis du ministère ont cherché des excuses à ces défections : « Les nouveaux députés n’avaient pas bien compris le sens du vote… Il faut faire la part de l’inexpérience et des tâtonnemens au début d’une législature… » Ce sont là des explications insuffisantes. La vérité, c’est que la scission, ou, simplement, la coupure, n’est pas encore bien nette, dans les rangs des républicains, entre les ministériels et les opposans. Mais que le ministère n’imagine pas accroître, ni même asseoir, la majorité nouvelle par des concessions ou par des caresses à la gauche ! Bien au contraire, ces flottans, ces timides, se mettront du parti de ceux qui leur paraîtront avoir le plus d’autorité, d’audace et d’esprit de décision. Il dépend de M. Casimir Perier de les avoir avec lui, s’il leur montre qu’il est là pour les guider et non pas pour les suivre.

Le Cabinet annonce par exemple l’intention « d’étudier la création d’une caisse des retraites pour les travailleurs, avec la volonté d’accomplir ce grand acte de solidarité sociale » : en pareille matière la volonté ne suffit pas. Le principe est excellent, l’idée généreuse : la difficulté gît dans l’exécution. Et personne encore n’a apporté un plan pratique, celui de M. Constans étant, de l’aveu de tout le monde, reconnu irréalisable. Ne vaudrait-il pas mieux renoncer, pour le moment, à une œuvre gigantesque qui n’aboutira pas, et se borner à seconder, par des subventions, l’action efficace des mutualités existantes ?

Dès à présent on peut, vis-à-vis de ces sociétés très nombreuses, appliquer ce mot qui fit fortune dans un discours du dernier printemps : « Aide-toi, la république t’aidera ! » Les adhérens aux sociétés de secours mutuels dépassent aujourd’hui 1 200 000. C’est là un chiffre qui n’est point méprisable. Si on le rapproche des 8 millions de petits propriétaires fonciers et des 8 millions de livrets individuels entre lesquels se répartit le capital des caisses d’épargne, qui dépasse