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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/950

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 décembre.

Rappelant à cette place, il y a quinze jours, les derniers attentats anarchistes dans le monde et particulièrement en France, nous nous étonnions que le gouvernement n’eût pas encore su concevoir, rédiger et faire voter rapidement par les Chambres une loi de défense urgente contre les bêtes fauves à face humaine lâchées en liberté dans notre civilisation. Une nouvelle et horrible explosion, se produisant cette fois dans l’enceinte du palais législatif, a secoué la torpeur des députés et des ministres. Le 9 décembre dernier, pendant la séance de la Chambre, une bombe, lancée du haut d’une tribune publique, a éclaté au milieu de la salle, en blessant une cinquantaine de personnes, tant parmi les spectateurs des galeries que sur les bancs des représentans.

Dès le lendemain, la police, qui avait procédé avec une louable rapidité, tenait sous les verrous le coupable, un socialiste-anarchiste nommé Vaillant, dont elle avait tiré des aveux complets. Pour prévenir autant que possible le retour de pareils crimes, le Cabinet a proposé et fait adopter déjà en partie un ensemble de mesures visant non seulement la fabrication des explosifs et les associations d’anarchistes, mais aussi les journaux et les réunions publiques où se font d’épouvantables apologies de l’assassinat. Le ministère Casimir Perier a été et sera soutenu, dans l’accomplissement de cette besogne de désinfection nationale, par les honnêtes gens de tous les partis et, l’on peut ajouter, de tous les pays.

L’avènement même de ce cabinet, dont les membres et les doctrines sont un peu ce que l’on nommait il y a vingt ans « républicains conservateurs » et ce que l’on appelle aujourd’hui « modérés », accuse l’importance de l’évolution récente des ralliés, qui a changé en France la face de la politique. Par « ralliés », j’entends ces quinze cent mille élec-