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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/932

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nous dit-elle, ma douleur d’avoir quitté la Toscane, et je le priai de vouloir bien me rendre cet État, au lieu de la portion de Portugal qu’on voulait me donner. Il eut l’impudence de m’assurer que pour lui il m’aurait laissée tranquille en Toscane, mais que c’était la Cour d’Espagne qui avait provoqué l’échange avec le Portugal, parce que mes parens souhaitaient de me rapprocher d’eux. Cet homme avait déjà conçu le projet d’envahir l’Espagne, et il voulut me détourner d’y aller, me proposant de rester à Turin, ou à Nice. « Est-ce que vous ne savez pas les nouvelles d’Espagne ? » me dit-il, faisant allusion aux événemens du mois de novembre, que j’ignorais alors absolument. »

On sait de quels événemens Napoléon voulait parler. Il avait formé le plan de chasser les Bourbons d’Espagne, et ce soi-disant trône en Portugal n’était qu’un prétexte pour se faire céder la Toscane. Le 19 février 1808, en arrivant à Aranjuez, Marie-Louise trouve sa famille dans un lamentable état d’inquiétude et de dissentiment. Le père, Charles IV, était en lutte ouverte avec son fils Ferdinand. La reine Louise se désolait, ne sachant à quel saint se vouer. Et le misérable Manuel Godoy, affolé de terreur, insistait pour que la famille royale s’embarquât au plus vite pour Mexico. Quelques mois après, Napoléon les mande tous à Bayonne : quand Marie-Louise, retenue à Madrid par la rougeole, vint enfin les y rejoindre, son père courut au-devant d’elle et, d’un ton tragique : « Apprenez, ma fille, lui dit-il, que notre famille a cessé de régner pour toujours ! »

La reine d’Étrurie, pourtant, refusait de s’y résigner. Elle chargea un de ses fidèles confidens, Andréa Nuti, de négocier avec Napoléon la restitution de la Toscane. Et comme les négociations menaçaient de s’éterniser, Napoléon finit par faire simplement répondre à Marie-Louise que « le fardeau du pouvoir était d’un poids très lourd, et qu’à son avis la Reine se trouverait certainement mieux d’un riche apanage, qui lui permettrait de jouir de la vie sans soucis, sans fatigues, sans dangers ».

Si encore il lui avait donné ce riche apanage ! Mais pour toute compensation il lui offrit une prison. Il la lit conduire, d’abord, à Fontainebleau, puis à Compiègne, avec ses parens et l’inévitable Godoy. Il lui retint les premiers mois de la petite pension qu’il lui avait promise, cette somme étant, disait-il, destinée à couvrir les frais de son voyage depuis Bayonne ! Il lui refusa la permission de chasser, de monter à cheval. En septembre 1808, quand ses parens furent transférés à Marseille, il lui enjoignit de rester à Compiègne. Elle y resta seule, jusqu’au mois d’avril de l’année suivante.

Enfin, sur les instances de son chambellan, elle reçoit l’autorisation de se rendre à Parme où Napoléon lui donne pour résidence le Palais de Colorno. L’Empereur lui écrit même une lettre fort galante, où il lui