Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/930

Cette page n’a pas encore été corrigée


mariage du prince des Asturies avec la princesse Marie-Antoinette de Naples. Ils partent, laissant les finances de Toscane dans un embarras affreux. A Pise, ils sont obligés de faire halte ; enfin ils arrivent à Livourne, où les attend l’escadre espagnole. Mais aussitôt en mer, la reine accouche. Le lendemain, une tempête effroyable les met à deux doigts de la mort. Et quand ils arrivent à Madrid, ils trouvent la noce terminée ; il ne leur reste plus qu’à repartir pour Florence. Encore sont-ils assaillis, dans le golfe du Lion, par une nouvelle tempête, qui dure deux heures et détruit leur vaisseau.

C’était trop de fatigue pour le pauvre roi. Il traîna encore un hiver, et mourut le 27 mai 1803, laissant son royaume à son fils Charles-Louis, sous la régence de sa femme.


III

Marie-Louise était à peine veuve depuis six mois, que déjà ses parens et Napoléon, chacun de son côté, s’occupaient de la marier. Elle ne parait guère avoir eu beaucoup de goût pour l’Infant que lui proposaient ses parens ; mais nul doute qu’elle ne désirât fort se remarier, car elle accepta avec empressement l’offre que lui fit Napoléon, d’épouser Lucien Bonaparte. Et devant le refus de Lucien de répudier sa femme, Christine Boyer, c’est encore avec empressement que la reine d’Étrurie consentit à accueillir un autre protégé de Napoléon, Eugène de Beauharnais. « En apprenant qu’on songeait à la marier avec S. A. R. le prince de Beauharnais, Sa Majesté a secrètement ordonné un triduum dans deux monastères de Florence, avec exposition du Saint Sacrement. » Hélas ! le triduum resta sans effet : Eugène de Beauharnais fut fiancé à la fille du grand-duc de Bade, et la malheureuse reine d’Étrurie dut rester veuve jusqu’au bout !

Elle eut d’ailleurs bien d’autres soucis. Tout l’hiver de 1803, la peste décima Livourne. Le 30 janvier l’Arno déborda, ruinant tout le pays entre Livourne et Pise. Des tremblemens de terre détruisirent en partie Sienne et Colle. Et la caisse publique, de jour en jour, se vidait, la faillite semblait inévitable.

Marie-Louise prenait très au sérieux, cependant, son titre de régente. Elle examinait par elle-même tous les comptes, elle visitait son royaume village par village, elle surveillait avec un soin tendre l’éducation du roi son fils. Elle ne négligeait rien, et de toute son âme elle aspirait à bien faire. Mais elle avait la chance contre elle.

La malheureuse ! En apprenant l’arrivée de Napoléon à Milan, elle lui envoie deux ambassadeurs chargés d’obtenir certaines concessions, Napoléon consent aux concessions demandées, mais il accompagne son consentement de cette phrase terrible : « Votre reine est trop jeune et