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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/914

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Les officiers anglais ne passèrent pas sans appréhension cette nuit de pillage. Leurs troupes, peu nombreuses, étaient débandées. Craignant une surprise, ils résolurent d’évacuer la ville dès le jour venu. Comme ils reprenaient, le lendemain de leur entrée peu glorieuse, le chemin de Bladenshurg, éclata le plus violent ouragan que les habitans de Washington eussent jamais vu. Les toits étaient emportés comme brins de paille, et une pluie torrentielle s’abattit pendant deux heures ; des maisons où les soldats s’étaient réfugiés s’effondrèrent ; trente hommes périrent écrasés sous les décombres.

Lorsque l’aube avait paru, Mrs Madison quittait la maison qui venait de l’abriter quelques heures et se mettait en route avec deux compagnes pour le rendez-vous que lui avait assigné le président, une misérable auberge, perdue dans la campagne virginienne, à seize milles de Washington. Les pauvres femmes y arrivèrent dans l’après-midi, traînées à travers des chemins détestables que l’ouragan défonçait et transformait en marécages. L’auberge était remplie de fugitifs de la capitale, hommes et femmes, dénués de tout, affamés. Lorsque ces gens apprirent que la présidente, était là, une poussée de colère les ameuta ; ils se précipitèrent à la porte, éclatant en reproches et en injures ; l’entrée fut refusée aux fugitives. Elles durent attendre dehors tout le reste du jour. Le soir amena une recrudescence de l’orage, la foudre éclata avec violence, on laissa enfin entrer la présidente dans une petite pièce ? où elle attendit M. Madison, qui ne parut qu’assez avant dans la nuit, brisé de fatigue et d’inquiétude.

Il prenait un peu de nourriture, obtenue à grand’peine des maîtres de l’auberge, lorsqu’un courrier vint l’avertir que le secret de sa retraite avait été livré à l’ennemi et que des Anglais approchaient à marche forcée. On le décida à quitter l’auberge et à chercher un refuge dans une cabane au milieu des bois, où il passa le reste de la nuit. L’avis était faux, puisque durant cette même nuit, le général Ross et l’amiral Cockburn, après avoir quitté précipitamment Washington, comme si quelque troupe vengeresse d’Américains allait fondre sur eux, étaient déjà loin de la ville, du côté du nord, se dirigeant vers Baltimore, objectif d’une prochaine attaque des forces anglaises.

Enfin des informations plus exactes ramenèrent le calme dans les esprits. M. Madison et sa femme se rapprochèrent du Potomac, rentrèrent dans Washington et purent contempler les ruines encore fumantes de la Maison-Blanche.