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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/898

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cette création d’une capitale fut un gigantesque insuccès.

Le 24 avril 1800, le sixième Congrès décida qu’il irait passer dans la cité de Washington les derniers mois de sa carrière (décembre 1800 à mars 1801). John Adams alla donc s’installer dans la future Maison-Blanche qui n’était point terminée, et le Congrès, en décembre, se réunit au Capitole.

On avait voulu un endroit silencieux, peu peuplé, à l’abri des agitations et des passions de la foule. On était servi à souhait. Les 64 kilomètres qui séparaient Baltimore de la capitale fédérale étaient couverts de bois épais où l’on ne rencontrait ni maisons, ni êtres humains.

Sur la colline du Capitole s’élevait un bâtiment inachevé, solitaire. Là un syndicat, formé par Morris, Greenleaf et Nicholson, avait acheté 6 000 lots et s’était engagé à construire des maisons de briques. Mais la faillite survint avant même un commencement d’exécution. La ville comptait encore à peine 500 habitans, pour la plupart des nègres et des ouvriers étrangers, engagés pour la construction des édifices publics, et qui vivaient dans de misérables huttes. Du splendide Capitole rêvé, on n’avait élevé que l’aile du nord. La cité fédérale n’était qu’un village de squatters dans le désert. Les membres du Congrès ne trouvaient de logis que dans Georgetown, à près de cinq kilomètres du Capitole.

Que d’ambitions déçues, de spéculations malheureuses ! On bâtit le Capitole sur la hauteur qui domine de 30 mètres le Potomac et l’Anacostia. La façade principale fut tournée vers l’est. Sur le plateau qui s’étendait de ce côté, devait, supposait-on, se développer la ville. Les propriétaires de lots ne voulaient rien vendre au-dessous de 75 cents à 1 dollar le pied (40 à 55 francs le mètre carré). Il en résulta que les gens qui désiraient s’installer à Washington s’éloignèrent du plateau du Capitole, et achetèrent des lots valant 10 à 20 cents le pied (6 à 13 francs le mètre carré) dans les marécages entre le Capitole et le Potomac. Le plateau, la partie la plus salubre de la ville, resta un désert pendant plus de cinquante ans. Les magasins, les maisons de rapport, les résidences riches se multiplièrent des deux côtés de l’avenue de Pennsylvania et vers Georgetown.

Oliver Wolcot écrit en 1800 : « Il y a une bonne taverne près du Capitole ; on construit quelques autres maisons », et J. Cotton Smith, membre du Congrès : « L’avenue de Pennsylvanie n’est qu’un vaste marais couvert de vieux arbrisseaux. »

La demeure construite pour le président des Etats-Unis ne prit le nom de Maison-Blanche (White House), sous lequel elle est