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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/896

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et qui servait de centre social aux grandes familles dont les vastes plantations et les confortables mansions étaient disséminées dans les environs, les Washington, les Fairfax, les Alexander, les Carlyle, les Payne, les Fleming, les Ramsey. C’était une noble petite ville ; par sa situation sur le fleuve, elle pouvait aussi devenir une ville commerciale ; une compagnie de marchands écossais était déjà venue s’y établir. Après Culloden, des jacobites avaient trouvé un refuge sur ce coin favorisé. Des navires venaient prendre sur les quais les produits de la Virginie à destination de l’Angleterre, et livraient, en échange, des tapis, de la porcelaine, des meubles, des voitures, du vin et jusqu’à des briques. Alexandria nourrit quelque temps le rêve de devenir la capitale des Etats-Unis. Mais George Washington, de qui la décision dépendait, craignit qu’on ne se méprît sur les raisons de sa détermination, si, maître du choix d’un site pour la capitale, il adoptait un territoire si proche de sa propriété.

Il remonta donc de quelques kilomètres le Potomac et marqua, sur la rive gauche, marylandaise, en face des hauteurs virginiennes d’Arlington, un vaste emplacement marécageux, près duquel le Potomac, encore éloigné de 170 kilomètres de son embouchure dans la baie de Chesapeake, s’élargit en un port spacieux où de grands navires peuvent jeter l’ancre. Il fut décidé que là s’élèverait la cité fédérale, entre le Potomac au sud-ouest, l’Anacostia, affluent dudit Potomac, au sud-est, une colline sur laquelle était un village appelé Georgetown au nord-ouest, et une autre colline au nord, où Washington voyait déjà se dresser les lignes sévères et majestueuses d’une grande et splendide demeure, le Capitole, siège du Congrès fédéral.

Alexandria, condamnée ainsi par son enfant le plus cher, Washington, à une éternelle médiocrité, ne lui garda pas rancune ; ses autorités locales vinrent assister le président, lorsque, le 15 avril 1791, entouré des trois commissaires, il prit officiellement possession du territoire cédé au gouvernement fédéral par le Maryland et la Virginie.

L’année suivante le terrain acquis fut exactement délimité. Il embrassait dix milles carrés dont deux tiers sur la rive gauche ou orientale du Potomac (Maryland), le dernier tiers sur la rive droite ou occidentale (Virginie). Deux petites agglomérations urbaines étaient comprises dans la cession, Germantown et Alexandria. Le plan de la future capitale fut dessiné à l’est et au sud-est de Germantown, entre le ruisseau du rocher (Rock Creek) et l’Anacostia ou Eastern Branch, deux affluens de la rive orientale du Potomac.