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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/866

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près des moralités ; car l’œuvre n’est ni un traité, ni un récit, ni un drame et tient également des trois ; avec très peu de changemens on eût pu en faire une moralité qui se serait appelée : le Débat d’Humanité et de Sagesse.

Dans les mystères, dès le XIVe siècle, les abstractions avaient trouvé place. La Mort figure dans la collection de Woodkirk. Dans Marie Madeleine (XVe siècle) de nombreux personnages abstraits sont mêlés aux autres : Sensualité ! , Curiosité, Monde, Chair, les Sept péchés capitaux, etc., même mélange dans plusieurs pièces de la collection dite de Coventry. Ce genre, pour nous pénible à l’excès, eut à l’état libre, comme la farce, son principal développement, sous les premiers Tudors. A côté des pièces qui amusent, on s’acharne à ce moment à faire des pièces utiles et, par le moyen de moralités aujourd’hui illisibles, égayées çà et là par quelques scènes de taverne et par les gambades du bouffon ou Vice, armé comme Arlequin d’un couteau de bois, on enseigne la vertu, la religion, les bonnes mœurs, les sciences physiques ; on attaque la foi catholique au profit des réformés et la foi réformée au profit des catholiques.

Pendant ce temps, ancêtres universels, chez, qui se trouvaient, en germe, toutes les variétés de drames, depuis la farce jusqu’à l’allégorie, en passant par les genres tragique, romantique et pastoral, les mystères vivaient encore. La Réforme était venue, le peuple s’était converti ; il avait dépouillé l’ancienne foi, mais il ne pouvait se résoudre à renoncer aux mystères. Il aimait toujours Hérode, Noé et sa femme, et tout l’appareil tumultueux des diables et diablotins de la gueule d’enfer. On s’excusait, dans les prologues, des superstitions dont les pièces étaient pleines et, la conscience ainsi tranquillisée, on les représentait sans scrupule. L’évêque réformé de Chester interdit les mystères en 1567 et on les joue quand même ; l’archevêque d’York renouvelle la défense en 1574 ; on les joue quand même pendant quatre jours : ce furent les dernières représentations de cette célèbre série. A York les habitans eurent plus de peine encore à renoncer à leurs vieux drames ; ils s’affligeaient de penser à la différence de religion qui séparait maintenant la ville de ses chères tragédies ; convertis à la nouvelle foi, les bourgeois voulurent convertir leurs pièces, et les marges du manuscrit portent encore aujourd’hui des indications qui sont la trace de leurs efforts. Mais la tâche était difficile ; les gens de la ville y perdaient leur latin ; ils se résolurent à faire appel à plus habile qu’eux et décidèrent « que le livre serait porté à mylord archevêque et à M. le doyen de la cathédrale pour être corrigé, si mylord archevêque voulait bien. »