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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/864

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toutes les bières, celle d’Ely a leurs préférences. Ils causent entre eux du temps qu’il fait, de l’heure qu’il est, des méchans salaires qu’on leur paie, du mouton qui s’est perdu ; ils font la dînette dans un coin de pré, chantent des chansons, se battent quelque peu ; bref, se comportent en vrais bergers de la vie réelle. Ce n’est que tout à la fin, au Gloria, qu’ils prendront l’attitude recueillie, convenable pour le jour de Noël.

Dans les mystères joués à Woodkirk, la visite au Nouveau-né était précédée par une comédie, digne d’être rapprochée de Pathelin et qui n’a rien avoir avec Noël. C’est la nuit, les bergers causent, puis le sommeil vient ; un de leurs compagnons, Mak, a mauvais renom et passe pour voleur ; ils le font coucher entre eux. Mais Mak se lève sans qu’ils s’en doutent :

— Comme ils donnent dur ! dit-il, plein de mépris pour leur vaine précaution, et il enlève un mouton qu’il porte à sa femme.

— Gare la potence ! dit la femme.

— Bah ! dit Mak, j’y ai toujours échappé.

— Oui, mais tant va la cruche à l’eau qu’elle revient à la fin cassée.

N’importe, ce n’est plus le temps de raisonner. Les camarades ont une opinion trop arrêtée sur Mak pour ne pas venir tout droit chez lui ; ce qu’ils font. On entend dans la maison des gémissemens plaintifs ; c’est, paraît-il, la femme de Mak qui vient d’accoucher. Les bergers entrent, Mak fait l’empressé et le bon garçon ; ses offres de service sont accueillies froidement.

— Fouillez donc la maison, puisque vous me soupçonnez !

— Hors d’ici, voleurs ! crie la femme, loin de mon enfant, ne l’approchez pas !

— Si vous saviez ce qu’elle a souffert ! ça vous fendrait l’âme. Vous avez tort, je vous dis, de venir ainsi chez une accouchée : mais je me tais.

— Ah ! que je souffre, veuille Dieu, dans sa bonté que, si je je vous ai jamais trompés, je mange cet enfant couché là, dans le berceau !

Les bergers, assourdis, cherchent quand même et ne trouvent rien. Ils n’ont qu’à s’excuser et à partir, mais voici bien un autre embarras :

— Mak, s’il vous plaît, je veux donner six pence à votre petit.

— Non, arrière, il dort.

— Il me semble qu’il ouvre les yeux.

— Quand il se réveille, il pleure ; je vous en prie, sortez d’ici !…