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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/848

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représentation : « Que la crèche soit disposée derrière l’autel et que l’image de Sainte Marie y soit placée. D’abord, qu’un enfant devant le chœur, dans un lieu élevé, figurant un ange, annonce la nativité du Seigneur à cinq chanoines ou à leurs vicaires du second rang ; les pasteurs entrent par la grande porte du chœur… Les bergers s’avancent vers la crèche en chantant la prose Pax in terris. Deux prêtres du premier rang, vêtus de la dalmatique, figurent des sages-femmes auprès de la crèche. »

Ces embellissemens furent très goûtés, et d’année en année on les perfectionna ; le vers remplaça la prose, la langue vulgaire remplaça le latin ; le grand air de la place publique remplaça l’atmosphère recueillie des nefs, et l’on n’eut plus à recourir à des prêtres vêtus de la dalmatique pour représenter des sages-femmes. Les rôles féminins furent confiés à des jeunes garçons habillés en femmes, ce qui était se rapprocher de la réalité, autant du moins que fit Shakespeare lui-même, car de son temps on ne se servait pas encore d’actrices, et le rôle de Juliette était, comme on sait, tenu par un garçon. Ces perfectionnemens si simples, résumés en une phrase, demandèrent plusieurs siècles, mais le courant lentement formé n’en eut que plus de puissance. Le drame quitta, l’église parce que, à force de grandir, il l’encombrait, qu’on l’y voyait mal, et que sa liberté de développement était entravée.

La fête de Pâques donna lieu au même travail d’ornementation que la fête de Noël. Les cérémonies de la semaine sainte qui suivaient pas à pas le drame de la Passion s’y prêtaient admirablement. D’additions en additions on finit par grouper toutes les scènes de l’Ancien Testament autour de la fête de Noël, et toutes les scènes du Nouveau, dont les autres étaient les symboles, autour de la fête de Pâques. De véritables cycles furent ainsi créés représentant, en deux principales parties, l’histoire religieuse de l’humanité, de la Création au Jugement. Détachés de l’église, ces groupes de drames se détachèrent souvent aussi des fêtes qui leur avaient donné naissance, et furent représentés parfois à la Pentecôte, à la Fête-Dieu, à l’occasion d’une solennité quelconque.

Le goût de ces spectacles se répandant gagna de proche en proche, et divers sujets étrangers à la Bible furent dialogues : d’abord des vies de saints ; plus tard, en France, quelques rares sujets empruntés à l’histoire ou au roman : l’histoire de Griselidis, la délivrance d’Orléans par Jeanne d’Arc. Les Anglais s’en tinrent presque exclusivement à la Bible. Les drames tirés de la vie des saints étaient d’ordinaire appelés miracles ; les drames tirés de la Bible, mystères, désignations qui n’avaient d’ailleurs rien de fort tranché et qui étaient souvent prises l’une pour l’autre.