Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/846

Cette page n’a pas encore été corrigée


de couronnes, de tentures, de chandelles et de lampes, et d’engins et inventions extraordinaires. »

La même cité, coutumière de ces exhibitions et qui en a conservé jusqu’aujourd’hui un vestige dans la procession du lord maire, se surpassa, le 29 août 1393, lorsque Richard II fit son entrée après s’être réconcilié avec les bourgeois. Les rues étaient tendues de draps de pourpre et d’or ; des « fleurs odorantes » embaumaient l’air ; des tapisseries avec figures couvraient les murs ; le roi s’avançait superbe à voir, très fier de sa beauté, « pareil à Troïlus » ; la reine Anne faisait partie du cortège. Des scènes diverses arrêtent la procession et enchantent les spectateurs ; l’une d’elles n’était pas prévue au programme. La reine arrivait près de la porte du pont, le vieux pont défendu par des tours et dont les portes se fermaient ; deux chars pleins de dames la suivaient ; un des chars, « œuvre de Phaéton sans doute », se rompit soudain ; graves comme des saintes, belles comme des anges, les dames perdant l’équilibre, tombèrent les jambes en l’air, et la foule tout en les admirant « eut beaucoup de peine à étouffer ses rires ». L’auteur contemporain de la description appelle cela,, comme s’il eût été le peintre Fragonard, un « hasard heureux », sors bona ; mais il n’eut, rien de Fragonard, que ce mot ; c’était un carmélite, docteur en théologie.

Le désordre réparé, on entre dans Cheapside ; on y voit une « tour admirable » ; un jeune homme el une jeune fille en sortent, adressent un discours à Richard et Anne et leur offrent des couronnes ; à la porte de Saint-Paul un concert d’instrumens se fait entendre ; à Temple-bar, barram Templi, une forêt était établie sur la porte avec des arbres de toute sorte, des serpens, des lions, un ours, une licorne, un éléphant, un castor, un singe, un tigre, un sanglier, qui tous « couraient, se battaient, mordaient, sautaient ». Ils étaient là pour figurer le désert où vivait saint Jean-Baptiste. In ange descend du toit et remet au roi et à la reine un petit diptyque d’or représentant le crucifiement, avec des pierres et des émaux. Il fait un discours. Enfin, sur l’intervention de la reine, qui a un rôle actif à jouer dans cet opéra, a lieu la cérémonie du pardon des citoyens par le roi.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini ; si la vie était dure, les fêtes étaient nombreuses et faisaient un moment oublier les peines ; « oubliance était au voir », comme dît si bien Froissart à propos d’une de ces magnifiques parades. Pour le populaire, il y avait encore les fêtes de mai avec leurs danses, leurs chansons, leurs défilés, la mimique des exploits de Robin Hood, plus tard la représentation de petites pièces dont il était le héros ; et