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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/840

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I

Le jour même de leur naissance, certains animaux savent marcher ; d’autres au contraire naissent malhabiles et informes ; ils se développent lentement ; il faut, dit-on, beaucoup de temps pour qu’un ours mal léché devienne un ours bien léché.

Les odes, les chansons, les élégies montent aux lèvres et tout de suite s’envolent. Le genre pourra se perfectionner plus tard, mais il naît tout formé ; il a des ailes et peut s’en servir. Le drame se présente en ours mal léché ; il n’a pas de formes, on ne sait ce que c’est. Il faut regarder de près et avoir en outre un certain courage pour oser dire : Cette masse absurde, pattes et museau, qui bruit et grouille, sera un jour Shakspeare.

Le drame anglais, qui devait être une des grandes gloires de nos voisins, se forma lentement, venant d’origines lointaines et obscures. Pendant presque tout le moyen âge, il bruit et grouille. L’ours pourtant mérite qu’on le regarde ; il a des yeux qui brillent et il commence de bonne heure à faire des petits gestes fort intéressans.

En Angleterre, comme dans le reste de l’Europe, les sources du drame moderne furent à la fois civiles et religieuses. L’envie de s’amuser et de rire, qui ne disparut jamais, même aux heures sombres, fit jaillir les sources profanes. Le rire est une invention