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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/839

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quelques-uns leur ont imposés, renieront-ils ces hommes qui les ont trompés ? Il sied ici de rappeler que les minorités audacieuses et violentes, quand elles ne sont pas tenues en échec dès la première heure, finissent trop souvent par imposer leur volonté.

Le syndicat, n’a pourtant pas voulu clore ses tristes opérations sans en adoucir les cuisans souvenirs par un acte de bienfaisance. Il a recueilli certaines sommes dont il se servait pour entretenir la grève. Ce qu’il en reste sera réparti par une commission spéciale entre les ouvriers renvoyés. On estime le nombre de ces ouvriers à 500 dans tout le bassin. La plupart étaient ces délégués et ces orateurs qui ont fomenté la grève. Les sociétés sont peu portées à conserver dans les rangs ces brandons de discorde ; elles ont le droit et même le devoir incontestable de s’en débarrasser. D’ordinaire les ouvriers congédiés se font cabaretiers. Il est probable que beaucoup suivront cette tradition ; pourtant, il ne se trouvera pas du jour au lendemain cinq cents maisons prêtes à les recevoir ; il faudra attendre, patienter et vivre. On viendra à leur secours ; mais, cette fois encore, les ressources du syndical étant minimes, les compagnies elles-mêmes n’hésiteront pas à combler le déficit. On peut être assuré que les misères les plus méritées trouveront grâce auprès de ces chefs et de ces administrations auxquels tant d’outrages ont été prodigués.

Toutefois, pour ce métier dur de mineur n’est-il rien à faire ? Le travail des mines n’est pas le seul qui fatigue et épuise l’homme avant l’âge. Les ouvriers boulangers ont aussi une vie pénible, et il est rare qu’ils dépassent lit quarantaine sans porter dans leur sein le germe d’une maladie mortelle. Ce rapprochement ne justifie pas l’oubli où l’on pourrait laisser des hommes en général honnêtes et laborieux dont le travail nous donne ce que l’on a appelé « le pain de l’industrie ». Il faut au moins leur assurer, sinon la vie la plus abondante, du moins la vie suffisante ; il faut surtout veiller sur leurs vieux jours, puisqu’ils n’y veillent pas eux-mêmes. Cette réflexion finale pour être développée nous entraînerait hors du cadre que nous nous sommes tracé. Nous avons voulu montrer seulement, en donnant une esquisse aussi exacte que possible de la grève récente, quelles causes multiples, variées, rapprochées ou lointaines avaient contribué à la faire éclater et à l’entretenir si longtemps, au grand dommage d’une industrie considérable, d’une contrée naguère florissante1 et plus encore d’une population ouvrière trompée, entraînée malgré elle à confondre ses intérêts économiques avec des intérêts politiques d’une valeur très discutables et des ambitions mal justifiées.


ALPHONSE DE CALONNE.