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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/836

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d’un porion. On a fait aussi luire à ses yeux la mine aux mineurs ; on a compté sans son bon sens naturel. On lui avait dit quelque chose d’approchant il y a quelques années. Il n’a pas cru que pareille aventure pût jamais lui arriver. Le mineur est vaniteux, mais il n’est pas sot ; l’ouvrier du fond, courageux et robuste, ne dépense pas toujours sa paye au cabaret, il a quelquefois un lopin de terre, une maison à lui ; il ne serait pas flatté d’avoir à partager ses économies avec son voisin et moins encore à se voir dépouiller de son petit bien. Il se dit que, si l’on prenait les mines on pourrait aussi lui prendre sa maison et son champ. Il n’est plus le nomade des premiers jours ; souvent il est encore ouvrier agricole, car les huit heures passées dans la mine lui laissent huit heures pour le repos et huit heures pour le travail au jour. Les lointaines perspectives de la « mine au mineur » ne l’ont pas ébloui et lui ont au contraire inspiré des inquiétudes. Il est à noter que dès l’entrée en scène des députés dits « socialistes », il s’est produit comme un frisson d’appréhension. On crie toujours : « Vive la grève ! A bas la police ! » Mais on crie aussi : « Vive la Révolution sociale ! » et les gens paisibles qui forment la majorité traduisent par « vol, bouleversement, anarchie ».

Les descentes dans les mines ont augmenté. Aniche, Douchy dans le Nord ont repris le pic et la rivelaine ; l’Escarpelle a suivi lentement l’exemple. Dans le Pas-de-Calais, Ferfay a toujours travaillé. Vendin-lez-Béthune n’a chômé en partie que quelques jours. Carvin et Dourges qui ne se plaignaient pas n’ont pas cru devoir sacrifier plus longtemps que deux ou trois semaines aux faux dieux du syndicat. Marles, qui a toujours été bien traité, est rentré satisfait dans ses galeries. Un ingénieur intelligent lui a fait confectionner un carnet individuel très clair où s’établiront tous les comptes et décomptes personnels et qui sera remis à la fin de la quinzaine à chacun des ouvriers du fond. L’ouvrier le gardera huit jours et il aura le temps d’en vérifier l’exactitude. Le chef d’équipe échappera ainsi à tout soupçon de fraude et à toute tentation d’y succomber. Il est probable que ce livret sera adopté par toutes les compagnies. Il leur en coûtera un peu plus d’écritures, mais on ne pourra plus les accuser de voler les ouvriers.

Durant la période aiguë de la grève, les ingénieurs de l’Etat chargés de la surveillance et du contrôle durent à plusieurs reprises intervenir. Le plafond de quelques galeries « boisées » à la hâte s’effondrait sous le poids des terres ; des infiltrations menaçaient d’inonder quelques tailles, enfin, faute d’aérage le grisou s’accumulait dans les voies. L’autorité s’en était émue ; il fallait avant tout préserver la mine des accidens probables. La loi de