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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/825

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laissé prendre. De là. M. Basly passe au tableau des bénéfices considérables réalisés par les compagnies, ce qui le conduit à cette conciliante observation que, « si l’on voulait empêcher de travailler tous les voleurs, il y a bien des administrateurs de compagnies qui ne le seraient plus. » Il propose ensuite de voter les cinq propositions suivantes : « 1° double carnet de paye ; 2° augmentation des salaires pour les ouvriers du fond ; 3° plus de renvoi d’ouvriers après l’âge de 40 ans ; 4° respect de la part des chefs ; 5° suppression des amendes pour charbons sales. » Le délégué Cadol, cabaretier à Bruay, demande qu’on y ajoute l’obligation, pour les compagnies de « ne plus diminuer les prix de la tâche, sauf en ce qui concerne les différences qui doivent exister entre les traçages et les dépilages », ce qui revient à ne plus tenir compte des facilités plus ou moins grandes du travail à la veine. Ces six propositions sont adoptées.

Il s’agit maintenant de savoir si les décisions prises seront communiquées aux compagnies, et sous quelle forme. L’assemblée se prononce pour l’envoi d’une lettre. Enfin l’on vote sur le montant des salaires ; le minimum est fixé à 5 fr. 50, plus une prime de 30 pour 100. C’est la mise à néant du pacte arbitral conclu à Arras en novembre 1891. Enfin l’assemblée s’ajourne au jeudi 14 septembre pour entendre les réponses des compagnies à l’ultimatum qui va leur être envoyé. Durant la séance le secrétaire général du syndicat du Nord n’avait pas manqué de fortifier les courages en leur faisant savoir que tous les syndiqués feraient cause commune avec le Pas-de-Calais et qu’Anzin même se mettrait de la partie. Enfin les deux délégués belges apportaient l’engagement que Mons et Charleroy continuaient et étendraient la grève dans tout le bassin. Ces belles assurances avaient soulevé des tonnerres d’applaudissemens et l’on avait crié : « Vive les Belges ! » On oubliait dans un élan de fraternité internationale les injures qu’on leur avait prodiguées naguère et les coups qu’on leur avait distribués pour être venus chercher du travail en France. M. Basly oubliait lui-même qu’il avait un jour demandé à la Chambre le renvoi de ces Belges que l’on acclamait aujourd’hui. Enfin, pour ne rien omettre de curieux ou d’important, le délégué de Lens, M. Dilly, avait formulé une demande tendant à faire allouer aux ouvriers âgés de 50 ans une pension de 2 francs par jour ; 730 francs par an. c’est justement le maximum des pensions payées en ce moment par la compagnie de Lens à ses vieux ouvriers frappés d’incapacité de travail ; elles varient jusqu’à la moitié selon l’âge et le temps de service des intéressés. Ces pensions sont servies sans qu’il soit fait de retenues sur les salaires. Il n’en est pas de même dans toutes les compagnies. Lens