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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/812

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compagnies d’accéder à un désir qui, s’il s’était réalisé, aurait tendu à interdire aux houillères françaises toute concurrence avec les houillères étrangères, où le prix de main-d’œuvre est variable.

Tel est en résumé le fameux compromis d’Arras dont il a été tant parlé depuis deux mois et qui a servi de point de départ pour les récriminations que les syndicats du Nord et du Pas-de-Calais ont si bruyamment formulées. Les compagnies avaient ajouté qu’elles apporteraient tous leurs soins à réprimer les abus qui avaient pu se produire dans la distribution du travail, dans les réductions opérées sur le nombre des berlines reçues, sur les amendes frappées par les porions soit pour les absences non motivées, soit pour charbons sales, soit pour infractions à un règlement qui doit être étroitement respecté dans l’intérêt de la mine et plus encore pour la sécurité des ouvriers. Afin de faire bien comprendre le jeu des salaires, les motifs de plainte des ouvriers et les objections qu’y opposent les compagnies, il n’est pas inutile de descendre dans la mine et de montrer comment le travail s’opère, comment les comptes s’établissent et à qui incombe le plus souvent la responsabilité des diminutions dans les moyennes.

Nous avons dit que l’« ouvrier à la veine », le chef de coupe ou de taille était le maître de son personnel, le maître absolu : et l’on voudra bien remarquer que dans les grèves il ne s’agit guère que de lui et des ouvriers faits qui travaillent sous ses ordres. Ces ouvriers sont payés par lui, par conséquent sous sa dépendance. Il y a bien une sorte de tarif, ou plutôt de règle admise que les hommes qui travaillent sous ses ordres auront un salaire de 1 à 2 francs inférieur au sien, mais ce n’est pas la mine qui règle ces marchés ; ils sont débattus entre les intéressés, et bien souvent le chef de coupe ne les fait connaître à personne. Les conditions d’ailleurs varient suivant les mines. Généralement les ouvriers de la taille se partagent également le salaire après que les auxiliaires ont été payés. La mine se borne à fixer au commencement de chaque quinzaine le prix de la benne ou berline. Ce prix diffère suivant les difficultés du travail ; il sera de 30 centimes par berline, de 40, de 60, 75, 80 centimes ou même de 1 franc suivant qu’il aura été fixé par le chef porion après avis et contrôle de l’ingénieur de la fosse. Si le chef de taille n’accepte pas ce prix, il peut en référer à l’ingénieur et demander à changer de coupe. Si dans le cours du travail des accidens se manifestent dans la taille, l’ingénieur consulté ne refuse jamais une indemnité qui compense la durée plus grande du « dépilage ». La berline contient cinq hectolitres. Depuis que l’acier a été substitué au bois dans la construction des berlines, la capacité s’est