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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/810

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il a été permis de constater que, dans une assez longue période antérieure à 1891, les salaires se sont élevés à une moyenne qui satisfaisait tout le monde. Lorsque le développement considérable, inattendu, inespéré du bassin du Pas-de-Calais amena, par sa richesse même et par l’excellence de ses produits, autant au moins que par la crise industrielle qui pesa sur les cours du charbon, une production qui n’était plus en rapport avec la demande, le travail se ralentit ; on ne demanda plus aux ouvriers des heures supplémentaires, on diminua dans quelques charbonnages le nombre des ouvriers : dans d’autres, pour ne pas les congédier, on les fit chômer un jour, deux jours même par semaine. L’ouvrier se plaignit, se mit en grève pour la seconde fois, et obtint la réunion d’arbitres pour discuter et arrêter les conditions d’une entente qui devait mettre fin à toutes les grèves, à tous les conflits, au grand avantage des ouvriers et des compagnies.

Ces compagnies avaient entre elles formé un syndicat. L’idée d’un syndicat ouvrier devait naturellement naître dans les esprits. L’exemple des patrons était sous les yeux des mineurs, et auprès d’eux ils voyaient déjà fonctionner des syndicats agricoles qui tiraient de la loi de 1884 des avantages très appréciables, bien qu’ils fussent de tout autre nature que ceux qu’on prétendait en tirer dans l’industrie-minière. C’est une chose digne de remarque que l’agriculteur, auquel les auteurs de la loi n’avaient pensé qu’à la dernière heure, quand cette loi, votée par la Chambre, vint au Sénat, fut le premier à en faire usage : c’est que l’agriculteur, bien plus exploité par le commerce que ne le furent jamais les ouvriers mineurs par leurs patrons, soutint vivement le besoin de se défendre contre le fournisseur d’engrais, de semence et d’instrumens aratoires, en même temps que contre les coalitions d’acheteurs de ses produits. L’ouvrier mineur, en constituant ses syndicats, poursuivait un tout autre but, l’augmentation de ses salaires. Sous l’inspiration d’hommes intelligens, actifs, ambitieux même, — ce qui n’est pas toujours un défaut, — le syndicat naissant des mineurs du Pas-de-Calais était une force avec laquelle il fallait compter. Que M. Basly, ancien ouvrier mineur, puis cabaretier, ait visé dès l’origine une situation élevée à laquelle il sut atteindre, qu’y a-t-il d’étonnant dans ce phénomène ? Dans tous les temps n’en fut-il pas ainsi ? Favori du prince ou de la multitude, l’homme qui sait se rendre nécessaire ou simplement utile, n’est-il pas à sa place lorsqu’il parvient à se mettre au-dessus des autres ? Dans les mines, l’ouvrier à la veine n’est-il pas un maître et souvent un maître absolu ? Ces ouvriers vigoureux, habiles, doués d’un courage qui va jusqu’à la témérité, constituent une sorte d’aristocratie ; ils exercent une grande