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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/806

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Si l’on veut, d’un esprit impartial et dégagé de tout autre souci que celui de la vérité, rechercher les causes de la grève des mineurs, hier encore agonisante, dans le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais, on sera tout d’abord étonné de les trouver en apparence mesquines et mal fondées. Il est permis de se demander si les hommes qui l’ont fomentée n’ont pas encouru la plus grave responsabilité en poussant à la misère tant de pauvres ouvriers, en interrompant le travail industriel sur un point éminemment producteur du territoire français, en détournant, au profit de l’étranger, certaines sources de la fortune publique et privée, et finalement en semant dans un pays déjà trop divisé de nouveaux élémens de discorde. L’étonnement cesse quand on étudie de près la question, quand on soulève les voiles qui en dérobent à la vue les motifs secrets et que l’on scrute dans leurs profondeurs les âmes et les consciences agitées. On remarque alors que cette grève, née sans raison, diffère de toutes les autres, sans en excepter celle de Carmaux, et a pris un caractère particulier plus menaçant et plus dangereux dans les conséquences qu’il peut engendrer. Il convient, suivant nous, d’envisager le fait sans faiblesse, mais aussi sans irritation, et de faire en toute sincérité et justice la part des torts ou des erreurs qui ont pu se produire, soit du côté des ouvriers, soit du côté des compagnies houillères. Ces deux forces ont des intérêts pareils : d’où vient qu’elles soient divisées ? C’est une vérité trop évidente que souvent ouvriers et patrons sont en lutte ; il y a bien à cela