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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/792

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des fantaisies gracieuses comme celles de Marie-Antoinette des passions politiques aussi tranchées ; un souverain dont l’humeur naturellement taciturne se dérobait en public et s’épanchait volontiers dans l’abandon de l’intimité, tout cela sentait assez son ancienne cour, bien que celle-ci fût de fraîche date. Mais on ne voulait pas avoir l’air de parvenus. Les ministres étrangers profitaient adroitement de ce besoin d’imiter les vieilles mœurs. La chronique parle d’un secret d’Etat saisi au vol entre deux contredanses. Ce qui est malheureusement plus authentique, ce sont les confidences de Plombières ou de Biarritz et l’influence personnelle exercée par l’impératrice. La catastrophe dans laquelle cette cour, un moment si brillante, a sombré, semble avoir instruit les autres et démontré l’inutilité du faste ou les dangers de la familiarité. La plupart des souverains ont réduit leur train et limité leurs épanchemens. Ils estiment généralement que l’argent peut être mieux employé qu’à donner des fêtes et que les conversations sérieuses sont mieux à leur place dans un cabinet que dans un salon. Si l’Europe est un camp retranché, une cour a l’aspect sévère et la régularité monotone d’un quartier général.

Le souverain lui-même, fût-il absolu, se considère aujourd’hui comme le premier serviteur de son peuple. C’est un changement, d’une immense portée. Il faut être nourri des légendes révolutionnaires pour s’imaginer qu’un roi est encore un demi-dieu qui peut se passer beaucoup de caprices. Il n’y a pas d’existence moins enviable et plus asservie à ses devoirs. La plupart des hommes d’Etat n’y tiendraient pas trois mois. Tel souverain, maître d’un grand empire, se lève à quatre heures du matin, donne ses premières audiences à cinq ou six heures, se fait apporter son déjeuner sur une table volante, mange distraitement tout en feuilletant ses dossiers, travaille sans désemparer jusqu’à deux heures, monte à cheval pour visiter ses troupes, rentre pour conférer avec ses ministres, dîne en deux temps, et recommence le lendemain. Depuis des années, il ne s’est pas donné trois heures de distraction. Tel autre, dont l’empire s’étend sur une moitié du globe, s’est imposé la tâche colossale de voir tout par lui-même, et, plus encore que Louis XIV, d’être son premier ministre. Ses fortes épaules supportent sans fléchir cet immense labeur, et son unique délassement consiste dans les joies les plus simples de la famille. De leur côté, les souverains constitutionnels apportent tant de bonne foi, tant de sérieux, tant d’exactitude dans l’accomplissement de leur tâche, qu’ils ont presque partout raffermi les institutions dont on leur a confié la garde. Qui dira l’influence d’une sage reine sur les destinées de la Grande-Bretagne ? l’ascendant de ses vertus, de son