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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/717

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que demande l’opposition nouvelle c’est, sous une forme plus ou moins mitigée, l’abolition de la propriété « et autres balançoires », a dit un député d’extrême gauche ; en attendant cette abolition radicale, une intervention active de l’État pour empêcher la propriété de se maintenir ou de se former. On rêve d’user de contrainte pour grossir la part du travailleur dans les profits, pour réduire artificiellement la durée du travail et — qui sait ? — pour supprimer peut-être le travail lui-même ; comme si, en dépouillant de leur superflu les cinq cent mille Français qui vivent de leurs rentes, on aurait de quoi donner des rentes aux trente-huit millions de nos compatriotes qui vivent de leur labeur.

Et pendant que l’on s’agite ainsi, on ne parvient même pas à appliquer la loi, récemment votée, sur le travail des enfans et des femmes, laquelle ne se proposait pourtant que de réduire d’une heure ou deux par jour la présence de ces deux catégories de personnes dans les usines. Si l’on n’y parvient pas, si l’on n’arrive qu’à provoquer des grèves, comme celles qui sévissent actuellement dans les filatures de Roubaix, si le ministre du commerce et ses inspecteurs s’avouent vaincus, c’est qu’effectivement la loi est inapplicable et qu’on ne l’appliquera pas. Lors donc qu’en des choses si petites, semble-t-il, le législateur est impuissant, que serait-ce dans de plus grandes ?

Ceux qui parlent de nationaliser les mines ou les chemins de fer croient-ils que les ouvriers retireraient quelques profits de cette transformation ? croient-ils que le travail des employés serait plus lucratif ou plus court ? Nous possédons un chemin de fer national, celui de l’État : c’est principalement sur ce réseau que les syndicats voient réussir leur propagande, beaucoup plus que sur le réseau d’Orléans qui l’avoisine ; ce qui tendrait à prouver que les salariés de l’entreprise publique sont moins satisfaits de leur sort que ceux de l’entreprise privée.

Les idées que nous émettons ici sont d’ailleurs partagées, à la Chambre, par une majorité si forte, que la déclaration de M. Dupuy eût obtenu sans nul doute un vote de confiance ; mais, par un scrupule assez tardif pour paraître inexplicable, les ministres radicaux qui faisaient jusqu’à ce jour partie du cabinet, qui avaient refusé de démissionner avant la convocation du Parlement, et que l’on pouvait, d’après leur attitude nouvelle, comme nous le disions il y a quinze jours, croire convertis aux idées modérées, ont cru devoir brusquement se retirer, sans attendre même que le président du conseil recueillît l’approbation dont il devait être sûr. Toutefois cette retraite volontaire de MM. Peytral, Viette et Terrier remplace avantageusement à nos yeux, pour la déclaration gouvernementale, l’ordre du jour qui lui a manqué. Le radicalisme étant vaincu, les ministres radicaux ont senti qu’ils ne pouvaient décemment prendre leur part de lauriers qui ne leur étaient