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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/715

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que son devoir lui commandait l’union avec tous les hommes d’ordre sur le terrain constitutionnel, et le ministère n’a pas caché qu’elle y serait bien accueillie. Il convient d’ajouter que, sauf l’allusion aux lois scolaire et militaire, repoussées en principe par cette fraction de la Chambre, il n’était aucune partie de la déclaration ministérielle qui n’ait pu ou dû rallier les suffrages conservateurs.

Le gouvernement faisait résolument tête au socialisme et au radicalisme. Il repoussait la révision, c’est-à-dire la suppression du Sénat, l’amnistie, la séparation de l’Église et de l’État, l’impôt sur le revenu ; il se déclarait hostile au socialisme d’État, favorable à l’initiative individuelle, à la liberté du travail, — contre la tyrannie des syndicats et la grève obligatoire, — désireux de maintenir le droit d’association des citoyens, ce grand principe, souvent oublié ou méconnu, de la Révolution française. Les projets financiers du ministre méritaient aussi l’approbation : le boni de la conversion du 4 1/2, annoncée à courte échéance, devra, a dit le président du conseil, « servir pour la plus grande part à rouvrir le chapitre, trop longtemps fermé, de l’amortissement, dont la présence dans un budget est à la fois un avertisse ment et une espérance. Aussi vous mettons-nous dès maintenant en garde contre d’imprudens dégrèvemens, persuadés que le vrai moyen de dégrever c’est d’amortir. »

Bref, la méfiance que recelait la déclaration pour le « caractère ambitieux de certaines formules et la sonorité de certains programmes », les hésitations dont le premier ministre d’hier ne pouvait se défendre devant le projet d’organisation, « si désirable encore que si malaisé », d’une caisse des retraites pour les travailleurs ; les garanties économiques qu’il donnait, autant que la promesse d’une « administration équitable et bienveillante, faite pour répondre à la formelle volonté d’apaisement et d’unité morale dont le dernier scrutin a manifestement témoigné », ce langage nouveau justifiait l’accueil que les Chambres et le pays lui ont fait. Il y a, pour désarmer les courages et laisser la société sans défense, une conspiration si imprudente, dans laquelle des esprits élevés et des philosophes se rencontrent avec des utopistes et des bons naïfs, qu’il faut savoir gré à ceux que l’on voit marcher résolument contre les chimères du socialisme.

La discussion provoquée par l’interpellation sur la politique générale a duré trois séances pendant lesquelles tous les partis se sont fait entendre. Quelques jours avaient suffi à la formation de groupes nouveaux parmi les représentans. Les socialistes s’étaient divisés en deux bandes : les « nationaux », ayant pour chef M. Cluseret, et les « orthodoxes », qui sont internationaux ou, comme ils disent, « anti-patriotards, » — pour ceux-là M. Millerand est presque un réactionnaire. — Vient ensuite l’extrême gauche d’autrefois, sous la présidence de M. Barodet : ce sont là des socialistes qui ne sont pas socialistes, qui