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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/714

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osé dire, en parlant des récens attentats : « Les bourgeois consternés tremblent devant la dynamite, usons-en. Brûlons ! tuons ! c’est par la terreur et le sang que l’idée anarchiste s’implantera ! » On s’étonne que les pouvoirs publics permettent à des feuilles comme le Père Peinard ou la Révolte de souiller les trottoirs de nos villes, lorsqu’un des derniers assassins avoue que son crime a eu pour cause principale la lecture passionnée de ces journaux, qui l’un et l’autre recommandent, encouragent, excitent ouvertement au meurtre et au vol.

Ce qui est plus extraordinaire que de voir des bêtes fauves qui tuent par système « pour démontrer que la société est mal faite », ou des gredins qui, ne voulant pas travailler, volent ceux qui travaillent par sympathie pour ceux qui ne travaillent pas, c’est d’entendre des hommes politiques auxquels le suffrage universel ouvrait hier le Parlement, ou des journalistes qui ont bien l’espoir d’y entrer demain, déclarer, ceux-ci que la tragédie de Barcelone « est une réponse à l’exécution de l’homme qui a lancé une bombe sur le maréchal Martinez Campos » ; ceux-là, que le parti socialiste, — c’est M. Jules Guesde qui parle, — « ne fait aucune distinction entre les moyens légaux et les moyens illégaux ; qu’il n’a nul souci de cette nuance… qu’il réclame le bénéfice des premiers et des seconds suivant les circonstances. »

Ces socialistes qui vont à la Chambre pour prendre part à ses travaux, et au besoin pour la détruire, sont entrés au Palais-Bourbon comme en pays conquis, impatiens de nouvelles batailles. Lorsque après une semaine consacrée à la validation des députés et à la nomination du bureau définitif, — opération qui a suffisamment fait connaître les tendances de la majorité, puisque M. Casimir Périer, représentant des opinions modérées, battait de cent voix M. Brisson, sur le nom duquel s’étaient coalisées les opinions radicales, — lorsque M. Dupuy eut donné lecture de la déclaration gouvernementale, ce fut un délégué du groupe socialiste, M. Jaurès, qui prit le premier la parole pour interpeller le ministère.

La déclaration officielle, à laquelle il se proposait de répondre, avait elle-même, en traçant un programme de travail, un peu trop détaillé peut-être, mais en somme très net et très sage, indiqué l’orientation nouvelle de la politique française, telle qu’elle résulte des scrutins d’août et de septembre. C’est bien aujourd’hui que M. Jules Ferry, s’il vivait encore, pourrait répéter ce mot qui lui fut tant reproché, même dans son propre parti, lorsqu’il le prononça, que « le péril était à gauche », et non pas à droite, comme l’a cru jusqu’à ces derniers jours M. le Président de la République. Ce n’est plus contre la droite que l’action du pouvoir trouvera à s’exercer, et il n’est plus parlé, ni d’« opposition irréconciliable » d’un côté, ni « d’anti-cléricalisme » ou de « manœuvres dynastiques » de l’autre.

Dès le début des travaux législatifs, la droite a noblement compris