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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/689

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Toi qui, silencieuse et voilée à demi,
Surpris Endymion sur la mousse endormi
Et d’un baiser céleste effleuras ses paupières,
Ô blanche Sèlénè, Reine des belles nuits,
L’essaim des songes d’or qui bercent nos ennuis
          S’éveille à tes molles lumières.

Égaré dans l’espace orageux, le marin,
Accoudé sur le bord des nefs au bec d’airain,
Entend rugir les Ilots et gronder les nuées ;
Mais il se rit du vent et de l’abîme amer,
Quand tu laisses errer dans l’écumeuse mer
          Tes blondes tresses dénouées.

Immortelle, entends-nous ! Sur ce monde agité
Épanche doucement ta tranquille clarté !
Ô Perle de l’azur, inclinée à leur faite,
De tes voiles d’argent enveloppe les cieux,
Et guéris-nous, pour un instant délicieux,
          Des maux dont notre vie est faite.



PARFUM D’ARTÉMIS


LA VERVEINE


Déesse à l’arc d’argent tendu d’un nerf sonore,
Qui, de flèches d’airain hérissant ton carquois,
Par les monts et la plaine et l’épaisseur des bois,
Un éclair dans les yeux, déchaînes dès l’aurore
De tes chiens découplés les furieux abois !

Ô Tueuse des cerfs et des lions sauvages,
Vierge à qui plaît la pourpre odorante du sang,
Que Dèlos vit jadis, fière et grande en naissant,
Près du Dieu fraternel qui dorait les rivages,
Surgir de la Nuit sombre au Jour éblouissant !

Jamais la volupté n’a fleuri sur ta bouche,
Erôs n’a point ployé ton col impérieux
Ni de ses pleurs d’ivresse attendri tes beaux yeux :
Comme un bouclier d’or, la Chasteté farouche,
Ô Vierge, te défend des hommes et des Dieux.