Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/682

Cette page n’a pas encore été corrigée


Il ne va plus en être de même. Aujourd’hui, une navigation très active pendant six mois de l’année relie déjà par des communications rapides les régions de la haute et de la basse Egypte. Mais, de plus, un ingénieur français, M. Prompt, a soumis au gouvernement égyptien un programme de travail qui aura pour résultat d’assurer non seulement, la reprise pacifique du Soudan et des provinces équatoriales bloquées, niais encore la culture d’énormes étendues de terrain et le monopole de débouchés commerciaux dans ces immenses territoires.

Ce projet comprend trois parties :

1° Etablissement d’une ligne ferrée continue de la Méditerranée à la Mer-Rouge, en prolongeant la voie qui existe déjà à Assiout jusqu’à Keneh, et de là par un tronçon de 120 kilomètres, en suivant l’antique voie romaine, jusqu’au port de Kosseïr ;

2° Construction, au moyen d’une série de barrages échelonnés depuis Assouan jusqu’au-delà de Berber, d’immenses réservoirs où les eaux de crue seront emmagasinées de façon à pouvoir assurer en tout temps l’irrigation des terres de toute la vallée du Nil [1] ;

3° Etablissement d’un canal parallèle au fleuve avec construction d’écluses permettant « l’organiser des services de navigation à vapeur réguliers et aboutissant aux Grands-Lacs. Il y aurait donc ainsi une communication directe et rapide du delta avec les régions des Grands-Lacs.

Une partie du projet qui a trait à la prolongation de la voie ferrée est, en ce moment, en voie d’exécution. La ligne est déjà ouverte jusqu’à Girghah ; on travaille à la pousser jusqu’à Keneh. Louqsor et ensuite à Assouan. Ces transformations qui vont s’accomplir dans cette partie de l’Afrique produiront au point de vue sanitaire des résultats considérables. La circulation sera d’abord accrue des voyageurs qui prendront la voie du haut Nil pour aboutira la Mer-Rouge. Puis les échanges entre l’Extrême-Orient et l’Inde d’un côté, et de l’autre les villes situées sur les côtes africaines de la mer Rouge, vont aller en se développant, et créer ainsi un courant continu, entre l’Egypte du delta et les régions asiatiques où règne en permanence le choléra. Des villes populeuses naîtront sur la côte égyptienne de la Mer-Rouge, offrant les conditions d’insalubrité qui accompagnent toujours les prises de possession hâtives. Pour mettre en valeur ces contrées, où le blanc ne peut que diriger, on sera forcé au début de faire appel à des émigrés indiens ou chinois. La race jaune déborde déjà dans l’Océan-Indien.

  1. Il est à espérer que l’on ne mettra jamais à exécution le projet d’un ingénieur anglais qui consisterait à barrer le Nil à Assouan, en noyant le temple de Philæ !