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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/675

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les Hadjis fuient dans toutes les directions. Ils se précipitent, surtout enfouie vers les voies d’échappement que leur offrent les ports de la Mer-Rouge. C’est principalement à Djeddah et dans les criques qui avoisinent son port que les fuyards espèrent trouver le moyen de se soustraire à la quarantaine. Aussi à Djeddah, où l’épouvante avait fait refluer la masse des pèlerins, le spectacle était le même qu’à la Mecque.

On sait comment s’effectue la rentrée des pèlerins à Djeddah.

A l’une des portes dites de la Mecque et à quoique distance des murs, un café est transformé en lazaret, et, suivant les besoins, les cafés voisins servent d’annexe. Quelques médecins relevant de l’administration sanitaire ottomane font, au fur et à mesure du passage des chameaux, le contrôle des morts et des moribonds. Les morts sont étendus le long des murs du café, par nationalité, et les drogmans des consulats s’efforcent de recueillir leur argent, passeports, billets de retour, etc. Le plus souvent, les cadavres ont été dépouillés avant leur arrivée au lazaret. Les malades sont portés dans les salles intérieures et jetés pêle-mêle sur des matelas ou sur des nattes. Il n’est d’ailleurs fait aucun examen particulier de chaque malade : tous sont considérés comme cholériques. Quelques-uns cependant pouvant n’être qu’épuisés par l’âge et les fatigues d’une longue série de têtes, par les longueurs de la route, les conditions défectueuses d’alimentation, sont entassés pêle-mêle avec les cholériques et sont exposés à mourir de soif, de faim, de terreur et d’abandon. Il est d’usage que les consuls se rendent à l’arrivée de la première caravane pour organiser le service de reconnaissance de leurs morts et étudier le fonctionnement du lazaret. Les malades sont souvent sans eau, sans nourriture. M. Guiot, notre consul à Djeddah, dont la conduite pendant le pèlerinage a été au-dessus de tout éloge, venait visiter chaque jour ces malheureux.

Un matin, accompagné de M. le docteur Jousseaulme, il avait apporté quelques bouteilles de cognac qu’il avait fait boire, coupé d’eau et additionné de laudanum, à nos Algériens, puis à tous les malades indistinctement. Toutes les mains se tendaient vers eux. Ils ont réussi à ranimer quelques malades et ont fait sortir du lazaret des malheureux qui n’avaient aucun des symptômes du choléra et qui, installés au grand air, loin du spectacle de voisins agonisans, se sont remis peu à peu et ont pu, aidés de leurs compagnons, rentrer en ville.

C’est là une esquisse à grands traits d’une situation devant laquelle on est, il faut bien l’avouer, à peu près impuissant. Il était impossible, en partant de Djeddah, de prendre passage à bord d’un bateau indemne : tous les navires étaient contaminés. Le