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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/655

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étage, le refuge communal, l’asile de nuit, voient successivement passer ces hôtes errants, mais avec lenteur.

Partout dans cette épidémie nous trouvons d’abord le vagabond : à Lille, dans les garnis de la rue des Etaques ; à Amiens, à l’asile de l’abbé Clabot ; à Paris, au dépôt de la Préfecture de police. Il faut assainir l’asile temporaire du vagabond au cours de route et prendre vis-à-vis de l’hôte les précautions nécessaires.

M. le docteur Napias a donné de certaines prisons et des asiles de douloureuses et pittoresques esquisses, malheureusement d’une très grande vérité.

« Quelques prisons sont exiguës, mal outillées au point de vue de la balnéation et de la désinfection. L’encombrement y est souvent considérable, surtout dans la mauvaise saison. C’est là que les vagabonds viennent prendre leurs quartiers d’hiver. Ils s’arrangent avec une véritable habileté qui fait le plus grand honneur à la connaissance qu’ils ont du code pour se faire adjuger les quelques mois de réclusion dont ils ont besoin.

« Avant ou après le séjour à la prison, le vagabond a le choix entre l’auberge de la belle étoile, qui n’est pas toujours la plus mauvaise, et, s’il a quelque argent, le garni de bas étage avec la literie, ornée de draps, très régulièrement lavés chaque quinzaine ou chaque huitaine. Ces draps ne sont pas toujours donnés à l’occupant, mais au lit pour une période déterminée : y couche qui voudra ! »

Il y a pourtant des garnis de cet ordre infime où les draps sont changés chaque jour, mais réemployés après qu’un lavage sommaire a effacé quelques taches trop visibles. Ce genre d’hôtels meublés n’est pas spécial à notre pays. M. M. Napias et du Mesnil ont vu en Angleterre des common lodging où la promiscuité était complète.

M. Napias a visité, à Anvers, une après-minuit, un garni qui avait au rez-de-chaussée un cabaret, et en haut, sous les tuiles du toit formant plafond incliné, un dortoir où les lits de toute matière étaient dressés çà et là dans toutes les orientations. Dans l’un de ces lits, deux ivrognes ronflaient, une jeune fille dormait dans un autre, dans un troisième une femme était avec l’enfant qu’elle nourrissait ; elle avait lavé les seuls langes dont elle l’enveloppait et qui séchaient au-dessus du lit, pendus à une ficelle. Pour que l’enfant n’eût pas froid, elle l’avait entouré de sa chemise et elle restait toute nue sous les draps à demi rejetés à cause de la chaleur. Un jeune couple d’amans reposait un peu plus loin ; dans le lit voisin un vieux vagabond ouvrait un œil inquiet à la lumière de la bougie qui éclairait le visiteur.

Dans les communes où le passage des vagabonds est