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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/590

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quart de la France, — qui porte ce nom dans le sens géographique le plus strict. Mais, si l’on se reporte à ce que nous avons dit touchant la configuration du squelette de l’Asie, et si l’on considère toutes les conséquences politiques qui découleront de la possession du nœud central, conséquence que nous développerons tout, à l’heure, on voit que la question prend une singulière ampleur et que son importance est capitale pour les deux grandes puissances en présence.

La valeur des droits respectifs de l’une et de l’autre est peu connue en France, et il peut n’être pas sans intérêt de les rappeler.

Au point de vue de l’exploration purement géographique du Pamir, la priorité en date appartient à l’Angleterre. C’est en effet en 1838 que le lieutenant anglais sir John Wood. parti des Indes, en 1837, arrivait, premier Européen depuis Marco-Polo et Benedict Goez, sur le Toit du Monde, et y découvrait les sources de l’Oxus, ainsi que le lac Sari-Koul, source de la rivière Pamir, auquel il proposait de donner le nom de lac Victoria, en l’honneur de la souveraine qui à la même époque prenait possession du trône d’Angleterre. Plus tard, après un long intervalle, un autre officier anglais, Hayward, faisait, en 1868, un important voyage à l’est du Pamir, où il découvrait le Tagharma : il entrait, en 1870, dans le Yassine, où il était assassiné par les indigènes. Plus à l’est encore, sir Douglas Forsyth, après avoir pénétré une première fois, en 1870, en Kachgarie, c’est-à-dire dans le grand bassin fluvial qui s’étend à l’orient du Pamir, et qui fait aujourd’hui partie de l’Empire chinois, y retournait en 1873, à la tête d’une importante mission que tous les géographes connaissent et dont les résultats scientifiques ont été considérables [1]. Le but diplomatique de cette mission, non moins important que le but scientifique., était d’établir des relations régulières entre l’Inde et le souverain musulman de la Kachgarie, Yakoub-Beg, cet ancien danseur devenu homme de guerre et diplomate de génie, qui, après avoir affranchi le pays de la domination chinoise, y avait établi un gouvernement régulier et s’était fait reconnaître comme souverain indépendant par la Turquie, par l’Egypte et enfin par l’Angleterre ; la plupart des autres puissances l’avaient également reconnu d’une façon tacite. Mais les résultats politiques de cette ambassade furent annulés par la mort de Yakoub-Beg, survenue en 1870, et par l’écroulement de

  1. Report of a mission to Yarkund in 1873, under command of sir Douglas T. Forsyth, bengal civil service, with historical and geographical information regarding the possessions of the ameer of Yarkund. — 1 vol. Calcutta, al the Foreign Department press, 1875.