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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/585

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Il est vrai aussi que l’on peut tout aussi bien interpréter les faits autrement, d’une façon diamétrale nient opposée. En considérant combien les chaînes de montagnes qui s’attachent aux arêtes de cette pyramide centrale sont énormes, jusqu’à quelles distances immenses elles prolongent leurs murailles abruptes, quels obstacles presque infranchissables elles paraissent opposer aux migrations humaines, on peut admettre au contraire que les diverses races d’hommes, venant des parties du monde les plus opposées, et remontant le cours des rivières ou le lit des vallées, ont convergé au fond de ces impasses, et que leurs avant-postes extrêmes ont fini par se joindre autour d’un sommet commun. Cette conception serait tout aussi vraisemblable que l’autre, bien qu’absolument inverse.

Toutefois il est à remarquer que les légendes de presque tous les peuples de l’Europe, de l’Asie, et même d’une partie de l’Afrique semblent d’accord pour conserver la tradition d’une résidence primitive dans un pays de grande altitude, situé, autant que l’on en peut juger, vers le centre du continent asiatique. Les légendes chinoises, qui s’appliquent à une bien grande partie de la population du globe, racontent formellement que les habitans actuels sont venus de l’ouest, et qu’ils avaient pour premier habitat un pays très élevé, montagneux, situé à l’occident des sources des grands fleuves qui arrosent l’empire chinois d’aujourd’hui. Les plus vieilles traditions sacrées de l’Inde peuvent être interprétées de la même manière. Les anciens textes de la Bible et les traditions, d’ailleurs fort vagues, des Arabes et de tous les peuples sémitiques ne sont nullement en contradiction avec cette hypothèse. Enfin l’Europe a été incontestablement peuplée, en majeure partie du moins, par des migrations qui toutes sont venues de l’orient et qui ont eu pour point de départ initial l’Asie centrale ou la Mongolie.

Que si nous nous défions des légendes, dont l’interprétation scientifique est toujours ambiguë ou du moins fort élastique, une autre présomption moins contestable en faveur du rôle joué par le Pamir et les régions voisines comme centre de dispersion de la vie sur le globe résulte de l’examen comparatif des faunes et des flores régionales, du moins dans l’hémisphère nord. Aujourd’hui encore, toutes les formes animales qui nous sont familières, et qui sont d’anciennes conquêtes de l’homme, pouvant l’avoir accompagné dans ses étapes, se retrouvent à l’état sauvage et primitif sur ce plateau central de l’Asie. Un y voit en abondance une grande variété de formes de mouflons, souches de nos moutons domestiques, des bouquetins et des chèvres sauvages, des yaks,