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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/583

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Ces quatre grandes arêtes montagneuses, presque inaccessibles, divisent l’Asie en quatre compartimens bien séparés. Aussi, dès les temps les plus reculés, quatre grandes races d’hommes, et plus tard quatre civilisations, la civilisation chinoise, la civilisation indienne, la civilisation iranienne et la civilisation touranienne, — celle-ci plus vague et moins connue. — se sont partagé le monde asiatique.

Aujourd’hui ces quatre civilisations anciennes ont fait place à d’autres plus modernes : mais les limites naturelles sont restées les mêmes. La domination russe s’est étendue sur l’ancien compartiment touranien ; la domination anglaise, sur le compartiment indien ; l’empire chinois, le plus vieux et le plus solide, a résisté jusqu’à présent, mais déjà il est entamé par ses deux puissans voisins, qui en plusieurs points ont dépassé les lignes de faîte formant leurs frontières naturelles. Quant au compartiment iranien, la rivalité des deux grands empires adjacens l’a seule empêché jusqu’ici de devenir la proie de l’un ou de l’autre ; pourtant la domination anglaise s’affermit de plus en plus sur l’Afghanistan, tandis que la Perse devient chaque jour plus inféodée à l’influence russe. Si la grande lutte, si souvent prédite, entre les deux puissances, ne survient pas à bref délai, le partage tacite de cette région encore indivise, de celle que les Anciens appelaient la Haute-Asie, se trouvera ainsi prochainement, sans secousses, être un fait accompli.

Les quatre grandes chaînes de montagnes que nous venons d’indiquer se réunissent en un nœud central, le Pamir, que les habitans appellent, avons-nous dit, le Toit du Monde, et qui a peut-être été, s’il faut en croire les traditions religieuses de presque tous les peuples, le berceau de l’humanité ; un berceau bien froid et bien peu confortable, même pour des gens aussi robustes et aussi peu délicats qu’ont pu l’être les hommes des cavernes desquels nous descendons.

Il paraît cependant prouvé, par le peu que nous savons aujourd’hui sur les migrations primitives des grandes races principales, (pie ces plateaux du Pamir ont été, sinon le centre de création des races humaines, du moins un important centre de dispersion.


II

Ce pays du Pamir, si haut, si froid, si inhospitalier aujourd’hui, et qui paraît avoir toujours été tel, c’est, s’il faut en croire les légendes primitives de presque tous les peuples, ou du moins l’interprétation scientifique qui en est donnée aujourd’hui, c’est l’ancien Paradis terrestre, le berceau de l’humanité. Si cette hypothèse