Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/582

Cette page n’a pas encore été corrigée


aller du Ferganah dans l’empire chinois. Aucun Français ne l’avait encore suivie.

Ce sont quelques épisodes de ce voyage, exécuté dans un dessein purement scientifique, que nous nous proposons de mettre sous les yeux des lecteurs de la Revue, auxquels nous avons déjà présenté un aperçu de Samarkande, la principale et la plus intéressante des étapes du trajet préliminaire qui sépare les frontières de l’Europe des limites de la domination actuelle des Européens.

Si l’on considère l’Asie comme divisée, par les hautes chaînes de montagnes dont nous venons de parler, en secteurs disposés tout autour de son centre, on pourra définir le plan général de cette partie de notre voyage en disant qu’il s’agissait de passer du secteur que l’on peut appeler « le secteur russe » dans celui que l’on peut nommer « le compartiment chinois » ; et pour cela, il était nécessaire de franchir la colossale barrière naturelle qui les sépare, c’est-à-dire de couper de l’ouest à l’est la partie septentrionale du grand massif pamirien.

Ici nous demandons pardon aux lecteurs d’ouvrir une parenthèse et d’interrompre le récit épisodique de nos aventures de voyage pour entrer dans des considérations générales d’un ordre plus ardu. Mais le Pamir, — le Toit du Monde, comme l’appellent ses habitans, — est un pays si peu connu, si lointain et si inaccessible, les montagnes qui constituent ce formidable massif sont si énormes, si peu de gens les ont vues jusqu’à présent, et les noms en sont encore si peu familiers aux oreilles européennes, qu’il n’est peut-être pas inutile de jeter un coup d’œil théorique et général sur la géographie de cette partie du monde, pour dire quelles en sont les grandes lignes et quels sont les intérêts politiques et autres qui, pour le moment, s’y attachent.

Si nous regardons une carte de l’Asie, ce continent si vaste, dont l’Europe n’est, aux yeux du géographe et du géologue, qu’un appendice accessoire, nous voyons que la charpente principale de cette partie du monde, son ossature pour ainsi dire, est formée de trois grandes chaînes de montagnes qui se rencontrent en un point commun : ce sont les monts Himalaya, l’Hindou-Kouch (le Paropamise des anciens), et le système des monts Célestes, comprenant le Thian-Chan ou monts Célestes proprement dits, l’Altaï, qui en est le prolongement, et enfin les monts Stanovoï et autres, qui continuent ce grand alignement jusqu’à la presqu’île de Kamchatka.

Un quatrième système, moins important, et convergeant encore au même point, est celui qui forme la terrasse orientale du plateau de l’Iran et qui constitue ce que les Anglais ont appelé, dans ces dernières années, « la frontière scientifique des Indes. »