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Page:Revue des Deux Mondes - 1893 - tome 120.djvu/581

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I

C’est au mois d’octobre 1890 que nous quittions la plaine du Ferganah, marchant dans la direction de l’orient, c’est-à-dire vers la Chine, et que nous entreprenions de traverser de l’ouest à l’est l’énorme massif de montagnes qui forme le centre de l’Asie et où viennent se rattacher, comme en un nœud colossal, les grandes chaînes qui constituent, en quelque sorte, la charpente de ce continent. Nous avions déjà traversé et parcouru le Turkestan russe et les pays qui en dépendent ; nous avions visité et admiré Samarkande [1], la grande capitale d’autrefois, Kokan, la capitule d’hier, Tachkent, la capitale actuelle, et les autres grandes villes, les unes en ruines, les autres encore vivantes, qui parsèment cette région si curieuse et si peu connue, la fraction de l’Asie centrale qui récemment est devenue russe. Il s’agissait maintenant de commencer la partie véritablement pénible du voyage, celle que l’on pouvait qualifier d’exploration proprement dite : non seulement le terrain présentait de grands obstacles naturels, mais encore il était entièrement nouveau, sinon pour les explorateurs européens, du moins pour les explorateurs français. Déjà d’assez nombreux voyageurs russes, savans, militaires ou diplomates, m’avaient précédé dans cette voie, qui traverse le plateau central de l’Asie pour

  1. Voir la Revue du 15 février.